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Le vintage: un effet de mode?

Force est de constater: le vintage fait fureur dans la rue comme sur les podiums, dans les magazines comme dans le commerce du vêtement. Les salons et autres marchés du vintage se multiplient et ne désemplissent pas, à l’instar des friperies qui attirent en masse une clientèle lassée par l’uniformité de la mode internationale.

Touchant auparavant une niche de collectionneurs, de passionnés et d’esthètes, le vintage s’est très vite démocratisé pour le plus grand plaisir des fashionistas en quête perpétuelle d’une nouvelle « hype-attitude ». Exporté de la haute couture (initialement, le vintage désignait les anciennes pièces de collections composant le patrimoine des grands couturiers), le vintage est devenu tendance. Comment expliquer un tel entichement et, partant, la transformation d’un phénomène historique reflétant une époque particulière en un simple effet de mode?

On peut d’une part supposer que, même galvaudée, l’étiquette « vintage » exerce un pouvoir d’attraction sur celles et ceux qui souhaitent se singulariser au point de vue vestimentaire, tant la grande confection peine à proposer des produits originaux et de qualité. D’autre part, le vintage doit éveiller chez ses amateurs un sentiment de sécurité et de confiance, ses pièces ayant traversé vaillamment diverses époques, arrivant parfois intactes jusqu’à nous. Le vintage nourrit probablement un besoin nostalgique de s’approprier son corps en s’appuyant sur le passé, ce regard rétrospectif lui donnant une meilleure assise dans le présent, alors que notre mode actuel ne cesse d’être régi par des logiques globalisation, de dématérialisation, d’instantanéité et d’immédiateté.

La pièce vintage au contraire opère comme une sorte d’arrêt sur image sur un moment donné de l’histoire du 20e siècle (ou en deçà), elle rappelle le soin qui était apporté à la réalisation minutieuse des vêtements, elle met en relief la sensualité des matières naturelles, elle se démarque nettement au milieu du défilé monocorde des fringues H&M, permettant tout à la fois une éloge de la lenteur, de la tactilité et de la singularité. Un parallèle tiré de champs très différents permettra peut-être de clarifier mon propos: dans le domaine de la pratique et de la théorie du cinéma, on peut constater un regain d’intérêt pour les technologies analogiques, celles-ci constituant en quelque sorte la mémoire vive des médias numériques qui favorisent l’évanescence des supports. Ailleurs, voyez l’engouement pour le polaroid et le vinyle: il ne fait que rejouer sur un autre plan cette soif d’authenticité, de mémoire et de concret que garantissent les techniques et les objets du passé.

Dans un monde où la démultiplication des flux d’informations encourage l’amnésie collective (voir le fil des actualités sur les réseaux sociaux comme Facebook), j’ose penser que c’est cette connaissance intuitive de la pièce vintage comme d’une pièce chargée d’histoire qui contribue à expliquer son succès croissant. Certes, il faut s’inquiéter du phénomène de banalisation qui menace le vintage, certaines marques semant la confusion en désignant leur collection de « vintage » alors qu’il ne s’agit que d’une très vague inspiration rétro adaptée au goût du jour. Certes, il faut craindre que le terme soit utilisé à tort et à travers pour qualifier n’importe quelle pièce un peu kitsch et jugée rigolote (et hop, un joli déguisement pour carnaval!). Certes les puristes peuvent déplorer l’ignorance avec laquelle certains vêtements peuvent être portés par des personnes qui ne jurent que par la mode et ses durées de vie limitées.

Or si le vintage ne doit pas être réduit à un effet de mode, c’est précisément parce qu’il transcende de lui-même cet effet auquel les médias et le discours dominant souhaiteraient le confiner. Il mérite d’être considéré non pas comme un effet de mode aussitôt périmé par un autre jugé plus actuel : le vintage est précisément éternel dans ce qu’il exprime d’une époque entière, à l’exemple de n’importe quel document historique qui renseigne sur des us et coutumes, sur l’esprit d’un fragment de société. Le vintage reflète non seulement un morceau d’histoire aux riches et multiples ramifications, mais renvoie également à: un mode de vie, une posture anti-consumériste, une vision du monde et de soi-même, une manière de s’ancrer dans le présent en ayant conscience de l’importance du passé, de ce qu’il nous a légué de meilleur: le style, le raffinement, la qualité, l’inventivité, l’unicité et… l’atemporalité.

Merci à Mireille Berton,
http://larobedemesrves.blogspot.fr

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