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A Dangerous Method

A Dangerous Method et la mode Belle époque

Comme on le sait probablement déjà, le dernier film de David Cronenberg met en scène les relations entre trois grandes figures de l’histoire de la psychanalyse : Sabina Spielrein, Jung et Freud, la première ayant inspiré les seconds sur le plan à la fois théorique et humain.

Éminemment décevant en termes de cinéma, le seul intérêt de ce qui ressemble à un mauvais téléfilm, réside dans les costumes des personnages, à commencer par les tenues de Sabina Spielrein malheureusement portées par une actrice (Keira Knightley) dont le physique et la piètre performance ne sauraient rendre justice à la femme remarquable qu’elle s’emploie à incarner.

Grimaçante à souhait, les convulsions hystériques se transforment chez elle en pantomimes ridicules et caricaturales qui ne font que cautionner les clichés traditionnellement attachés à la femme hystérique, forcément pervertie par son appétit sexuel insatisfait.

Superficiel, sensationnaliste et simpliste, le récit hésite entre différents points de vue – les relations entre Spielrein et Jung, entre Jung et Freud, le dogmatisme freudien, l’exposé didactique d’une doctrine controversée, etc. – sans jamais trancher dans le vif et choisir un angle d’attaque pertinent. Expédiée en quelques dialogues, l’histoire complexe et ambiguë qui lie deux hommes ambitieux s’illustre, se constate, mais jamais ne se traite, tout comme d’ailleurs le parcours exceptionnel d’une femme qui a nourri de manière très significative la théorie et la pratique psychanalytiques.

Le film nous raconterait dès lors une histoire ô combien banale d’un d’amour impossible entre deux êtres tentant de réparer leurs blessures narcissiques à travers une passion dévorante … Autant dire pas grand chose pour qui s’intéresse un peu à l’histoire des sciences du XXe siècle, ou tout simplement qui espère rencontrer un cinéma audacieux, intelligent et novateur.

Que reste-t-il donc à sauver de ce film dépourvu de tout positionnement vis-à-vis d’une problématique qui excède les possibilités d’un récit bancal et sommaire? A mon avis, les vêtements portés par les acteurs méritent le coup d’œil pour nous rappeler le raffinement de la mode Belle époque débarrassée des corsets victoriens, tout en dentelles et broderies, en manches ballons et ajourées, en collerettes volantées, en chemises fluides, en pardessus cintrés, en jupes à taille montante, souples et légèrement évasées.

Mon plaisir de spectatrice s’est réduit à admirer les apprêts à la fois simples et sophistiqués d’une Sabina Spielrein transie d’amour pour un homme affectivement timoré, un plaisir des yeux face au spectacle d’une mode féminine en phase d’émancipation, à l’image des femmes de cette époque, revendiquant toujours davantage leurs droits individuels sur une scène sociale dominée par l’idéologie patriarcale. C’est sur cet aspect révolutionnaire de l’histoire des rapports de genre que le film aurait dû/pu se concentrer, Sabina Spielrein mettant en effet au défi l’arrogance des hommes des sciences face à la connaissance.

Ecrit par Mireille Berton pour Folie Vintage

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