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Introduction à l’univers du Lindy Hop

À l’heure où j’écris ces lignes, j’affiche 46 printemps sur mon horodateur, et le lindy hop lui (ou elle, c’est une danse), bravache, nous jette ses quasi cent balais à la figure, par défi sans doute. Alors me direz-vous, qu’est-ce qu’un petit jeune comme moi a à voir avec une telle grand-mère ?
En fait, quand je vois la moyenne d’âge des cours et stages auxquels je participe, ou des soirées auxquelles je vais, je ne fais pas le fier : on approche plus des 25 à trente ans que des 40. Mais je me rassure : Francky Manning – qui fut l’apôtre du Lindy Hop –, à 94 ans dansait encore, et quand il dansait il ne boitait plus – et dieu sait que marcher avait l’air parfois embarrassant – ; Francky disait : danser conserve. Le lindy hop est une vieille danse de jeunes. Vous dansez le lindy, alors vous êtes jeune, quel que soit votre âge !

Parlant d’âge, certaines réalités sont éternelles : les danses en couple ont commencé à se populariser aux États-Unis après 1860, à l’époque de l’exode rural, quand les jeunes gens ont été poussées vers les villes en quête d’un emploi. Hé oui, déjà le chômage ! Nostalgiques des bals campagnards, les nouveaux citadins ont appris à se rapprocher l’un de l’autre pour mieux danser à deux (les coquins !)… Bon d’accord, les bals campagnards ont moins la côte en ce début de 21e siècle et la danse ressemble généralement plus à une séance de gym qu’à une expression artistique… L’idée de se rapprocher en revanche… Je plaisante ! Cela étant, le rapport au corps à beaucoup évolué et la danse, le lindy y compris, s’en est trouvé enrichi, et s’enrichit toujours.

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La préhistoire du Lindy Hop commence dans les années 1850-60, avec le Cake-Walk qui était dansé par les esclaves noirs pour distraire leurs maîtres blancs qui donnaient un gâteau (cake en anglais) en guise de récompense. La musique du Cake-walk a aussi fait naître le Ragtime, une des premières musiques noire Américaine écrite et structurée, tout comme le blues.

Outre la musique, nombre de danses d’origine noire ont influencé le swing comme :
– le Texas Tommy apparu sur Broadway dans « Darktown Follies » en 1913,
– les danses animales en vogue à l’époque (« Buzzard Lope », « Possum Trot », « Grizzly bear » ou encore le Turkey Trot apparu dans un show « Sunshine Girl » au Irene Castle’s Broadway en 1913), importées directement des traditions vernaculaires africaines via l’esclavage,
– le Charleston dans le Broadway noir et dans « Running Wild » en 1923,
– ou le Black Bottom apparu sur Broadway au George White’s dans « Scandals of 1926 ».

On va tout de suite rappeler ce que tout lindy hopper se doit de savoir : l’origine du nom de cette danse. La légende raconte qu’après le vol historique entre Paris et New York, le grand saut, « le Big Hop », le 21 mai 1927, de Charles Lindbergh dit  » Lindy « , les journaux américains titrèrent : « LUCKY LINDY HOPS THE ATLANTIC ! ».
Ce jour, ou à peu près je présume, un journaliste vient interviewer au « Savoy Ballroom » à Harlem,  le meilleur danseur de l’époque (Georges « Shorty », Snowden), pour savoir ce qu’il dansait. Le lindy n’avait pas encore de nom particulier, et sans doute à court d’inspiration et/ou en hommage à Lindbergh, le gars Shorty répondit, l’exploit de Lindbergh en tête : « Lindy Hop ! Man ! Lindy Hop… I’m flying just like Lindy » (Je vole comme Lindy). Le Lindy Hop, le saut de Lindbergh. C’est là la légende que j’entends régulièrement depuis mon premier « swing out » et j’imagine qu’elle possède un gros fond de vérité. Et puisqu’on parle de moi disons-le franchement, je suis venu au Lindy par un chemin de traverse, ce fut une découverte buissonnière !

On pourrait presque dire que j’y suis venu par la fin. En effet, mes premiers pas de danse furent des pas de rock. Dans la chronologie des danses, on estime traditionnellement que le rock est apparu postérieurement au swing (cela est surtout vrai pour la musique, dirons-nous). Je débutais donc par le rock, un rock mâtiné de swing tout de même, puisque rythmé par les Swing Session ou par Big Bad Wodoo Daddy ou encore Louis Prima… et par les soirées, une fois par mois, dans la banlieue de Lyon avec l’orchestre le Big Beat Band (franchement New-Orléans pour le coup)… mais rock. Un, deux, trois-et-quatre, cinq-et-six : pour la rythmique de base des danseurs.

Avouons-le d’emblée : j’ai débuté avec deux pieds gauches ! Ce petit travers que connaissent beaucoup de débutants ne m’a pas ouvert à d’autres danses, je voulais maitriser le rock et c’est tout. Alors dès que mon professeur (qui depuis est devenu un ami) instillait des pas de Lindy ou de Balboa (autre danse swing), voire de Shag (encore une autre), dans mon compte en six temps de rock, je pestais et fulminais tant que je pouvais. J’ai passé des heures seul devant mon miroir à faire et refaire mon pas de base rock, puis à imaginer comment combiner les passes que j’apprenais. Je finis par ne plus écraser les pieds de mes cavalières et par ne plus leur arracher les bras en les guidant. Je regardais les autres danser (les bons !) et essayais de copier leur style, leurs passes simples et typiques. En cela j’avais déjà l’esprit des danseurs de swing des débuts. Je pris du plaisir à danser le rock, j’étais mûr pour l’étape suivante.

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Reprenons un peu l’histoire…

Le Lindy Hop (ou Jitterbug) est une danse de rue qui s’est développée dans la communauté noire Américaine de Harlem vers la fin des années 20 en parallèle avec le jazz et plus particulièrement le swing. Le Lindy Hop est un mélange de plusieurs danses provenant des quatre coins des USA à partir des années 1900. Plus particulièrement le Lindy Hop utilise les mouvements improvisés des danses africaines avec la discipline de la structure en 6 et 8 temps des danses européennes.

Dans les années 1910 et 1920, dans tous les vaudevilles, les professionnels montraient leurs talents au travers des claquettes et autres danses de cette période. Dans les années 1920 et 1930, les salles de bal américaines sponsorisèrent des concours de danse, au cours desquels les danseurs improvisaient et inventaient de nouveaux pas. C’est dans ce milieu que naquit le Lindy Hop.
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Entre 1910 et 1950Harlem était un lieu de divertissement, où les gens de tous horizons, toutes couleurs et toutes classes se réunissaient. Le « Cotton Club » présentait des artistes noirs et accueillait la riche clientèle blanche et glamour pendant que la salle de bal « Savoy », ouverte en 1926, accueillait la clientèle plus modeste, à forte proportion noire. Le Savoy était malgré tout l’une des rares salles de bal intégrée, c’est-à-dire ouverte aux blancs et aux noirs. Le Savoy était le haut lieu de la danse à Harlem et accueillait l’élite des danseurs dont la troupe des Whitey’s Lindy Hoppers. La musique Swing et le Lindy Hop évoluèrent parallèlement dans ces salles de bal et principalement au Savoy.

Le Savoy pouvait contenir jusqu’à 5.000 spectateurs, et c’était nécessaire, avec 70.000 spectateurs par an dansant à la « Home of happy feet ». Le plancher devait être remplacé tous les 3 ans et on finit par l’appeler « The Track » (la piste) à cause de sa forme ovale. Les scènes à chaque extrémité de la piste pouvaient accueillir deux groupes de musiciens qui jouaient les nuits, et ce chaque jour de la semaine. 
L’atmosphère de la salle de bal était électrique et les meilleurs danseurs se réunissaient dans le « Cats Corner », où ils passaient tour à tour pour faire des démonstrations et improviser avec la musique.

Dans les Big Bands de Swing, les musiciens ont la permission de jouer avec le phrasé en faisant balancer le rythme comme bon leur semble. C’est pareil pour les danseurs de Lindy-Hop. La musique Swing s’est diversifiée avec les styles de danses. Elle a fourni une grande variété à la danse permettant aux cavaliers et aux cavalières beaucoup de liberté et d’amusement. Pour les noirs de l’époque, pratiquer ce genre de danse permettait d’affirmer ou trouver leur identité.

Après le Charleston, les jeunes blancs vont s’approprier le Lindy Hop. Pour rendre cette danse un peu plus « respectable », ils vont l’assagir et atténuer le côté exubérant et fou… Elle prendra le nom de Jitterbug (L’alcool distillé de façon illégal s’appelle « jitter » et, dans l’argot de l’époque, les tremblements alcooliques étaient appelées « jitters »).

Le Jitterbug reste cependant très proche du Lindy Hop, si bien que l’on pourrait les confondre. Des troupes blanches vont voir le jour et se produiront dans différents films à Hollywood avec les grands orchestres blancs de l’époque.

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Ainsi, on voit des danseurs avec Harry James, Tommy Dorsey et bien sur le « Roi du Swing » : Benny Goodman.
 Dean Collins fut l’un des danseurs blancs les plus connus, il est à l’origine de ce que nous connaissons maintenant comme le « Hollywood style » (Eric et Sylvia) et « Smooth Lindy » (Sylvia et Jonathan). Dean avait appris le Lindy hop à New York au début des années 30, avant de se déplacer à Los Angeles, en emportant avec lui le style « Savoy » du Lindy. Arrivé à Los Angeles, Dean lissa la danse et y ajouta sa touche personnelle. Cela l’a conduit vers la chorégraphie et il réalisa de nombreux films tels que « Lets make Music », « Chool Song » et « Buck Privates ». Dean a également codifié la danse pour la rendre enseignable. D’indénombrables styles de Lindy sont apparus, car, si le style le plus connu reste le Savoy, d’autres comme le Hollywood ont très vite été inventés. Rappelons que le Lindy Hop ne se résume pas à ces deux styles.

La façon de danser de George « Shorty » Snowden était différente de celle de Frankie Meanning, dont la posture penchée en avant était si caractéristique qu’il était aisé de le reconnaître sur une piste de danse au milieu de centaines de couples. Il existe en fait d’indénombrables styles de lindy, le but de chaque danseur étant de trouver son propre style.

Concernant l’hexagone, le Lindy Hop apparaît pour la première fois à Paris en juin-juillet 1937 dans « The Cotton Club Revue » avec l’orchestre de Teddy Hill.

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Dire swing et festif, dire swing et joyeux c’est être redondant. Le swing c’est la vie. Comme dirait l’autre (je vous laisse chercher de qui il s’agit) , cela n’a pas de sens si cela ne swingue pas. Le Lindy, c’est l’expression corporelle de cette joie. C’est un partage (et à l’heure d’internet, c’est un mot qu’on comprendra d’autant mieux). Cette danse est faite pour suivre les instruments, elle est décontractée, on se balance sur le rythme, en effectuant des mouvements portés par la musique.

Par définition, swinguer, c’est balancer terriblement. Le Swing n’est donc pas une musique, mais un terme général qui exprime la manière d’interpréter le Jazz. Quant au mot Swing, il aurait fait sa première apparition en 1907, dans le titre d’une composition de Jelly Roll Morton : « Georgia Swing« . Les passionnés diront qu’on n’insiste jamais assez sur le rapport du Swing avec la danse. Je suis d’accord avec ça.

Le vrai amateur vous le dira aussi, le Lindy (même quand il est visuellement impressionnant) n’est pas une danse de m’as-tu-vu. Le danseur est un interprète de la musique, il est quasiment un des instruments de l’orchestre et, au même titre qu’un soliste brillant se détache du lot par un chorus original, un couple peut attirer le regard par sa prestation, il y a une adéquation particulière, un feeling, c’est de l’improvisation, c’est hot, c’est jazz. J’ai vu cela maintes fois. Il y a peu encore à un concert, le chanteur disait au saxophoniste qui timidement laissait son instrument pour scatter façon beatbox : « Va-z’y ! c’est des danseurs, ils sont interactifs. » Il avait tout compris (il s’agissait de Malcolm Potter), les danseurs suivirent et la piste pris la cadence, j’allais presque dire les accents des onomatopées du musicien.
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Je suis venu au swing, et j’y suis resté, abandonnant pratiquement toutes les autres danses, même le rock. Au bout de deux mois, en plein stage, je me rends compte que mes acquis de rock flinguent littéralement mes efforts vers le Lindy. J’avais l’opportunité, étant en stage avec eux, de prendre un cours particulier avec Cathy et Gilbert Cadène de Montpellier. Je voulais reprendre les bases. Et je n’ai jamais oublié ce que Gilbert m’a dit : « C’est la seule chose que tu dois travailler tout le temps : les bases« . J’ai recommencé avec le Lindy ce que je fis avec le rock.
Je m’endormais certains soirs avec du jazz en fond sonore, pour m’imprégner du swing.

Mais reprenons l’histoire :

George Snowden fut le plus grand danseur du Savoy Ballroom depuis son ouverture en 1927 jusqu’à la fin des années 30 où il forma une troupe de danseurs professionnels « The Shorty Snowden Dancers » et partit danser pour l’orchestre de Paul Whiteman. Avec un sens du comique inné, il se parodiait lui même avec sa véritable signature, le « Shorty George » step, un pas classique aujourd’hui. Sa partenaire, Big Bea, était plus « costaude » que lui. Ils avaient souvent l’habitude de finir leur danse en sortant de la piste avec Shorty sur le dos de Bea.
Autre anecdote : Count Basie, toujours attentif aux danseurs, honora Shorty par un morceau intitulé « Shorty George ».

En 1935, lors d’un concours au Savoy, George « Shorty » Snowden et sa partenaire Freda Washington furent éliminés par Frankie Manning qui stupéfia la foule avec la première figure acrobatique de Lindy jamais réalisée. Frankie fut ainsi surnommé Frankie « Musclehead » Manning. Frankie avouera plus tard, que cette figure lui fut inspirée par « Shorty » lui-même lorsqu’il l’avait vu sortir de la piste sur le dos de sa partenaire. (on retrouve la plupart des anecdotes le concernant dans l’autobiographie de Franckie Manning.)

Frankie Manning est né en 1914. Il contribua à révolutionner la danse en répertoriant les pas et en créant un nouveau style qui propulsa le Lindy Hop des clubs de danse au théâtre et à l’écran. De 1934 et jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, il dansa, et fut également le chorégraphe des « Whitey’s Lindy hoppers« , une troupe qui porta le Lindy Hop à des sommets de virtuosité jamais égalée auparavant. Pour Frankie, la musique est au cœur même du Lindy Hop. À chaque danseur de Lindy qui veut progresser, il lui dit qu’il doit écouter du swing encore plus souvent. Comme il dit : « La musique des big bands nous martelait les oreilles tout le temps. C’est la musique qui fait le Lindy. Nous dansions pour la musique. »

J’ai eu l’honneur de croiser deux fois ce grand monsieur, à Grenoble (il était invité par l’école Grimaldi) et de suivre un de ses cours lors d’un stage. Sa façon d’envisager la danse, de l’enseigner était un vrai régal : je buvais ses paroles (malgré mon anglais limité). Je garde précieusement son livre qu’il m’a dédicacé (ainsi qu’à la centaine d’autres qui l’a acheté alors, j’en suis conscient), et je suis très fier (comme un gamin) de l’avoir croisé. C’était un mythe.

La crise puis la guerre, les grands orchestres disparaissent, le swing se fait dévorer par le be-bop, le Lindy par le rock, le twist et que sais-je ? Et après un demi-siècle il revient.
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Le Lindy-hop a traversé les âges, et se danse à nouveau dans toutes les grandes villes, aux États-Unis et en Europe ;  en Suède, c’est le suédois Lennart Westerlund qui l’a remis au goût du jour en Europe au début des années 80, avec les Harlem Hot Shots (dont j’ai pu voir le spectacle), aux États-Unis ce furent  la New York Swing Society et les Jiving Lindy Hoppers en Angleterre.
En France c’est Franck Balbin en 1994, à Lyon plus précisément qui fit la démarche. Franck est le premier à avoir fait venir Franckie en France, et à cette première fois, ce premier stage français vinrent les pionniers français, les mousquetaires : Gilbert et Cathy Cadène (dont je vous parlais), Gilles (malheureusement décédé récemment) et Myriam Passavant de Paris et Véronique et Bruno David de Toulouse. Pour avoir suivi des stages avec chacun d’eux, je vous assure que c’est surprenant de voir à quel point leur style, leur Lindy est différent, différent et plaisant. Depuis d’autres sont allés chercher le Lindy aux US ou ont eux-mêmes fait évoluer leur style, on retrouve des français dans les grands circuits internationaux comme Thomas Blacharz (de Montpellier aussi) et Alice Mei, entre autres.

Franckie le disait, j’ai entendu Gilbert Cadène le dire, Alice Mei aussi : « Ecoutez la musique, écoutez du swing ; la richesse de cet univers musical est impressionnante, je n’en connais pas de plus vaste. »

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Pour apprendre à danser le Lindy, allez en cours, il y en a de plus en plus (n’hésitez pas à chercher celui qui vous enseignera un style dans lequel vous êtes à l’aise) ; et dès que vous avez appris à faire correctement les deux ou trois passes élémentaires, n’attendez pas : aller voir comment vous pouvez vous exprimer sur la musique avec ça : allez aux soirées, allez aux concerts et DANSEZ !!! Mario Grimaldi (mon prof donc) me disait quand je débutais : va aux soirées, une soirée vaut dix heures de cours. Et je le répète : écoutez du swing, vous finirez par le voir, imaginer comment vous vous exprimeriez dessus.

Voici l’extrait du film Hellzapoppin de 1941 où on voit Franckie Manning et sa troupe nous faire un show éblouissant, avec Slim Gaillard (piano & guitare), Slam Stewart (contrebasse) qui formaient le duo Slim & Slam depuis 1936. Cultissime !

Alors, envie d’apprendre le lindy hop ? La suite avec quelques pas de bases dans un prochain article…
http://www.folievintage.fr/img/hand.pnghttp://www.folievintage.fr/musique/sur-les-pas-du-lindy-hop

Par Marc TRESVE pour Folie Vintage
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