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Un spectacle parfait

Burlesqu’O’Rama n°5 au Transbordeur (69) – 22 février 2014

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Mon expérience de l’univers burlesque se limitait jusqu’à ce samedi soir à la visite unique du Foxtrot à Lyon et à la fréquentation assidue du Shag Café à Grenoble. Il s’agissait donc pour moi d’une aventure nouvelle, d’une expédition en pays inconnu, je partais pour Lyon avec l’âme d’un Indiana Jones, j’allais au Burlesqu’o’rama, le n° 5, comme Chanel.
On nous avait dit : « C’est au Transbordeur ». Ce nom là m’évoquait plus le quai d’un port de marine marchande, avec des palans et des containers, voire une capitainerie, que le glamour ou même le rock’n’roll ou une quelconque esthétique vintage (quoi que, en y pensant, les marins de Jean Paul Gauthier font largement échos à Querelle de Brest de Jean Genet, ou de Fastbinder suivant qu’on s’intéresse à la littérature ou au cinéma – mais là, je m’éloigne). Je n’étais pas loin question décors mais pour le reste, il allait falloir que je révise ma copie.

Nous serions là, à guichet fermé ...

Nous serions là, à guichet fermé …

Un ami me disait récemment, il me reprochait presque la chose, que les compte-rendus de soirée ou de concert sont toujours dithyrambiques. Bref que le rapporteur toujours manquait d’objectivité, était de parti-pris, que cela n’avait aucun intérêt. Je lui rétorquais que prendre du temps pour décrire aux autres quelque chose qui ne vous a pas plus, dès lors que la choses est passée et que les gens ne risquent plus de s’y fourvoyer, cela n’avait pas beaucoup de sens. Mais j’ai pris note de la remarque et je vais donc m’essayer ici à l’exercice suivant : je vais tacher d’être le plus négatif possible (honnêtement s’entend, sans mauvaise foi) pour parler avec force conviction d’une soirée (je n’y suis pour rien) parfaite.

Je commence : avant de rentrer dans le bâtiment nous fûmes, ma compagne et moi, fouillés. Elle par une femme, qui lui fit ouvrir son sac et moi par un homme, un balaise, par palpation. Je le dis tout net, j’aurais préféré que l’homme fouille le sac et que la femme me palpe. Nous entrâmes.
C’est tout en béton le Transbo avec des murs couverts d’une sorte d’agglo pour amortir le son (ça c’est bien). Il y a effectivement des palans, c’est sur trois niveaux. Cela permet de circuler, d’avoir la possibilité de perspectives différentes. Et de répartir les activités de la soirée en des points stratégiques plutôt que de les entasser. On se croirait effectivement sur une sorte de quai, ou dans un garage pour poids lourds. Nous n’étions pas les premiers, ni ne fûmes les derniers (en tout la soirée accueillit je crois près de 500 personnes), cela grouillait de vie, sur les différents niveaux, un peu comme une ruche. Sauf que personne ici ne ressemblait à une ouvrière laborieuse (même si sur scène ensuite, il y eut plusieurs profils de reines).
Nous commençâmes par poser nos frusques au vestiaire. Par prendre un verre au bar. Par observer ceux qui nous entouraient. Dans le programme, il était noté que le dress-code était : « habillez-vous comme vous voulez mais sapez-vous, allez-y à fond. » Je cite de mémoire donc approximativement, mais c’était çà l’idée. 
Alors je vais être extrêmement critique : autant les filles n’hésitent pas, et jouent le jeu – certaines d’ailleurs sont lookées, fifties ou sixties, naturellement et n’ont pas fait d’effort particulier, elles sont dans leur milieu naturel, belles comme des oiseaux de paradis – autant les mecs ne font, dans l’immense majorité, aucun effort. En moyenne, il y a un homme bien nippé pour vingt femmes magnifiques (je ne parle pas bien sur des organisateurs et des artistes qui étaient TOUS splendides).
Voilà, c’est fini, j’ai beau me creuser les méninges je ne trouve rien de plus méchant et négatif que ça à dire, tout le reste va être dithyrambique, je prie l’aimable lecteur de m’en excuser par avance.

Nous allâmes saluer les copains et copines du côté des stands dont Yildiz Photo (j’ai, encadrée dans mon bureau, une superbe photo de ma compagne et moi prise par Jean Raymond, argentique dans le style prohibition) par exemple … On croise une élève ou deux de la Shag School of Burlesque (Grenoble) , normal X’tatix Doll y enseigne… On fait la bise à Dottie Gooseberry. Elle me complimente sur mon costume et je lui retourne la louange. » Merci, me répond-elle; là, c’est ma tenue de ville, ce sera mieux tout à l’heure sur scène … « .
Tu vas nous faire un bel article, demande-t-elle ? A posteriori je me dis qu’il aurait peut être mieux valu que non, que disant du mal j’aurai des lecteurs, que ma propre postérité dépendait peut être de mon talent à médire, à dénigrer.

Allez, le spectacle commence. Le maître de cérémonie, ne m’est pas inconnu, j’en ai déjà parlé ici, il s’agit de El Manufico ce bateleur de foire « freaks », fort en voix, tonitruant même, jovial, enthousiaste, qui présentait à Grenoble les trois derniers Cabaret Burlesque en date. Son visage couvert de blanc, son chapeau melon, tout inspire en lui la bonhomie, l’envie de partager un bon moment, la joie de vivre.

Cela démarre par le concert des Chainsaw Blues Cowboys. Ok, là je suis Indiana Jones. Je suis un explorateur, je découvre. Il faut savoir reconnaître où sont ses domaines d’expertises, et force est de reconnaître que je n’y connais rien. Cela ne m’empêche pas d’apprécier, je ne sais juste pas comment décrire la chose. J’aurai peur de dire par exemple que les Chainsaw Blues Cowboys sont un peu comme les ZZ TOP du blues, alors que pourtant dans le son, je m’y retrouvai presque. Un groupe grenoblois. Décidément une ville riche (et je ne suis pas sponsorisé par le syndicat d’initiative). Du hard blues décapant, une heure durant : la dose exacte pour se mettre dans l’état d’esprit approprié à ce qui va suivre …

 

Pause.

Interlude.
(J’allais oublié de parler d’un élément important de cette soirée. Important parce que présent dans les moindres recoins, omniprésent, omniscient, approprié, avec un sens de l’a-propos musical précis, j’ai nommé The Original Marquis, Dj de son état … Je ne suis pourtant pas un auditeur acharné de tout ce qu’il a pu passer mais, saperlipopette !  que du bon … Voilà, oubli réparé, fin de la pause, la scène est prête, on y retourne)

Je n’ai pas envie, ni le tempérament de faire ici une recension exacte de tous les numéros de la soirée, mon article ferait l’équivalent d’un bottin, pour en définitive ne vous apporter aucun plaisir – disséquer n’est jamais spectacle ragoûtant hormis pour les psychopathes. Je vais donc axer mon récit en fonction de mon costume d’Indiana Jones : je vous parlerai essentiellement de mes découvertes. Pour le reste, regardez et admirez les photos (on a eu des photographes avec un œil excellent dans le public).

Tout d’abord, je ne connaissais  pas vraiment la vedette de la soirée ( je ne l’avais jamais vue sur scène ) : Lada Redstar. Si une des pin-up de Gil Elvgreen devait s’incarner demain, ce serait en Lada Redstar, à n’en pas douter. Ceux qui, par ailleurs, ont pu apprécier les photos de la belle ne me démentiront certainement pas ; mais la voir en chair et en os, pulpeuse, somptueuse, glamour et tout, je ne trouve pas de mot : c’est iconique. Ses numéros sont classiques, mais portés à la perfection, avec un soin du détail bluffant. Pas un geste qui ne soit maîtrisé. Là où la plupart des filles se contenteraient de faire trois pas, effectuant un parcours uniquement fonctionnel, elle a un petit geste (levé de pied, discret coup de fesse, mouvement de poignet ou autre) gracieux et sexy qui fait fondre. Il n’y a aucun espace, dans le temps qu’elle n’occupe, pour que l’attention s’échappe. Du grand art. Et son nom de scène n’est pas usurpé, c’est une star, elle se comporte, se tient, évolue comme telle… Une présence jubilatoire, oserai-je dire, si je n’avais peur d’user d’un qualificatif galvaudé, pourtant taillé ici sur mesure.

 

La deuxième tête d’affiche de la soirée m’était, quand à elle, vraiment totalement inconnue : Banburry Cross, une Marilyn Monroe gironde, vigoureuse, femme. Son numéro avec les fouets est stimulant au possible. Il est clair qu’être dompté par Marilyn n’est pas un fantasme anodin, on s’y laisse prendre (je vous rappelle qu’ayant endossé mon âme d’aventurier, j’étais sensible aux accessoires de la dame). Une maîtresse femme, à n’en pas douter. Je l’ai croisée en fin de spectacle à un stand où elle dédicaçait des photos, et l’impression perdurait.

 

La troisième vedette internationale, suisse de son état, Lou on the Rock, m’a quant à  elle impressionné avec ce costume mi-paon, mi-panthère et cette façon gourmande de dévorer la scène.


 

Une quatrième performeuse internationale fut annoncée que je n’avais pas remarquée à l’affiche; je l’avais déjà vue se produire à Grenoble il y a peu, mais pour autant la magie opéra à nouveau : Colette Colerette, pour son numéro de matou ou celui de Pierrot, allie l’humour et le talent de danseuse. Son univers se situe, à mon avis, à mi-chemin entre le cirque et les Roaring Twenties – j’en reconnais les codes, je ne suis plus Indiana Jones.

Voilà pour les étrangères ! Mais je me rend compte, arrivant-là, que rien ne peux véritablement restituer l’ambiance qui accompagne ces shows ! Je me fais l’impression d’un clinicien en train de rédiger un rapport d’autopsie alors que tout cela n’est que vie, mouvement, énergie, ça dégage je vous jure, cela siffle, cela hurle, cela trépigne… Tout le monde a bien compris les consignes de El Manufico et manifeste son contentement le plus bruyamment possible. Ce n’est pas du burlesque contemplatif, c’est du participatif et le public s’en donne à cœur joie (pour preuve : ma perte d’audition quasi totale durant les deux jours qui ont suivi).

Autre truc hilarant de la soirée, parmi les « petites mains » comme les nomme El Manufico – les stage kitten doit-on dire je crois – , il y a la réplique exacte de El Manufico mais en plus petit, et en fille… Il la présente en tant que : El Manufiquelle. C’est son minimoi à lui, sa part féminine … C’est saisissant.

El Manufico et son double féminin ...

El Manufico et son double féminin …

Vous ai-je parlé de la prestation de Wanda de Lullabies et de Dottie Gooseberry en gogo-danseuses sixties, un intermède surréaliste, en haut de la salle, pas sur scène, une animation pourrait on dire, sexy, en tenue ? Et Dottie n’a pas menti : son costume est encore plus sexy et daté, millésimé, que sa tenue de ville, je me serais cru dans un épisode de « The Persuaders » (Amicalement Votre) et je m’attendais à ce qu’un Dany Wilde vienne les enlever. C’est frais, c’est juste la pause qu’il faut.

Autant les artistes que je ne connaissais pas, ou peu, ne pouvaient que m’impressionner et me séduire ou les deux – ce qu’elles firent d’ailleurs – , autant les « locales » devaient, selon moi, être rudement fortes, pour arriver à me clouer le bec. Hé hé … Elles sont excellentes !

Je vais y venir … mais avant il y a Soa de Muse.
J’avais déjà eu une expérience avec un homme… et je pensais pouvoir me servir de cette référence pour juger.
Je vous en fiche moi des références !
D’abord Soa n’est pas un homme, ni une femme, Soa n’est pas un être sexué et pourtant tout ce que Soa exprime aspire au glamour, à une forme d’érotisme qui est intrinsèque à la danse. Un derviche tourneur, hermaphrodite ou androgyne, baigné dans les vapeurs d’un eldorado fantastique, voilà le résumé sans emphase de l’esthétique de Soa de Muse.
Je ne suis décidément pas mécontent d’avoir élargi le champ de mes références !

Pour en avoir déjà beaucoup parlé je ne vais pas me fendre d’une nouvelle dithyrambe sur X’tatix Doll, on me taxerait de favoritisme. Mais fichtre le numéro de siamoises, avec Bettina Corleone, a de quoi laisser coi ! Deux pour le prix d’une, jouant sur l’imagerie de l’univers freak, mieux que des jumelles !

Et puis il y a les grenobloises, les BBB : Miss Rose & Wanda de Lullabies.


Quelqu’un dans la salle, qui paraissait être au courant me souffla : « Le numéro de Miss Rose, c’est quasi de l’impro, elle l’a monté cet après midi. » (Si quelqu’un peut me confirmer ou m’infirmer la chose, je l’en remercie à l’avance.) Elle est annoncée en femme d’intérieur. C’est juste entre l’hilarant, le génial et cela joue avec cette frontière qui frôle le sexe sans y toucher. Ah l’imaginaire associé au fer à repasser prend grâce au Burlesqu’o’rama et à Miss Rose une dimension différente, quelque chose de mythique. Il fallait oser le brancher ce fer, et s’arroser ensuite … Dément et drôle.

Et pour finir il y a Wanda. Que j’ai déjà eu le plaisir de voir performer plusieurs fois… Son monstre des profondeurs, disons le tout de go devrait rentrer dans les annales du burlesque… L’imagerie associée aux films d’horreur de série B colle parfaitement à l’univers habituel de la dame, mais ce compagnon de scène-là, cette tête de monstre qui remplace son bras et vis à ses côtés, possessif, effroyable c’est tout bonnement une idée grandiose, menée avec un talent de comédienne impressionnant de maîtrise.

 

Indiana Jones n’en a surement jamais vu autant en même temps, j’ai bourlingué durant cette soirée dans des univers si différents et si riches que j’en suis ressorti grogui comme drogué (en plus d’être sourd)… Au salut final, les organisateurs vinrent sur scène : Atanith del Hammer et la Machina Vapora saluer et ce fut le moment émouvant quant devant les cinq cent personnes du public ils souhaitèrent, tous les artistes avec eux, l’anniversaire de Wanda, qui fondit en larmes.

 

Des impératifs personnels m’empêchèrent d’assister au dernier concert, des Astro Zombies, mais je suis bien certain que l’aventure aurait été à la hauteur de ce qui avait précédé.

Dernière petite anecdote : je devais retrouver Néné Chérie, patronne vénérée de Folie Vintage, dans la salle… Mais manque de chance son téléphone tomba en rade de batterie… Nous ne pûmes nous donner un point de rendez vous et dans cette foule, impossible de la retrouver. Une chose pourtant est sûre, sans que je l’ai vue : elle avait respecté le dress-code.

Il y a quelques jours Jean-Yves Nicolaï (de Machina Vapora) me disait : 
« Pour rappel, Burlesqu’O’rama 5 c’est:
– Un plateau international inédit en France.
– Des shows exclusifs par les performeurs français.
– + de 500 spectateurs au Club Transbordeur.
Une production Machina Vapora et une co-organisation Machina Vapora/Atanith del Hammer. »

Je crois que je n’ai rien oublié… normal, ce fut inoubliable.

BURLESQU’O’RAMA  / https://www.facebook.com/pages/BurlesquORama/142884649080308

Marc TRESVE pour Folie Vintage

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