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1914-2014 : rencontre avec Romain de l’Association As de Carreau

Vous n’êtes pas sans savoir que cette année marque le centenaire du début de la Première Guerre mondiale. Il y a 100 ans près de 40 millions de personnes allaient perdre la vie au cours de quatre années de guerre. Aujourd’hui, il nous reste de cette période si loin et pourtant si proche (c’était l’époque de nos arrières-grands-parents, vous avez certainement pu les connaître) des clichés aux couleurs sépia et de vieux films à la pellicule usée montrant des scènes en accéléré d’obus éclatant par dizaines sur des champs de bataille.
Il y a heureusement des associations et des personnes passionnées qui nous aide à comprendre et à “imaginer”ces années difficiles par le biais de la reconstitution historique. Folie Vintage a pu s’entretenir avec Romain, un des membres fondateurs et président de l’association “As de Carreau”.
Avec deux autres camarades, il organise les activités de l’association sur le plan logistique et relationnel. Ils mettent en place un thème pour chaque sortie, sur un principe simple : un lieu, une date, un contexte. Par exemple : Chemin des Dames, 1917, cantonnement. Sur le terrain, ils se répartissent les rôles en fonction du savoir faire et des capacités de chacun. Leur effectif leur permet d’être dirigé par un sous-officier de carrière et un caporal responsable de l’escouade.

Entretien avec Romain…

L’association As de Carreau, née dans le Nord en 2007 est constituée de membres originaires du Nord. Elle a choisi de représenter le 43ème régiment d’infanterie de Lille car c’était surtout une histoire familiale pour la plupart des membres. Peux-tu nous parler de l’action de ce régiment pendant le conflit ? 
C’est un régiment très particulier auquel rien n’a été épargné. Il a été en contact avec l’ennemi très tôt au mois d’août 1914 en Belgique. À partir de septembre, le Nord et Lille sont occupés par l’armée allemande, et cela va durer jusque 1918. La quasi totalité du recrutement était de la région, alors en plus d’être au front, les hommes ont été coupés de leurs familles et dans l’impossibilité d’y retourner, même le temps d’une permission. De nombreux récits racontent que cette situation a provoqué chez les hommes une véritable rage de vaincre. Ce n’était plus seulement leur pays qui était menacé, mais leurs familles et leurs maisons qui étaient prises en otage…
Sur le plan militaire, c’était un régiment d’élite avec un passé déjà prestigieux en 1914, c’est un des plus anciens régiments de France, créé en 1638. Il est difficile de trouver une bataille dans laquelle il n’a pas été engagé. La Belgique, l’Aisne, la Marne, la Somme, la Woëvre, Verdun, les Flandres, la Champagne … L’engagement était énorme et les pertes ont été considérables.
C’est cette histoire et ce contexte que nous essayons de faire connaître et reconnaître. C’est une manière d’effacer le deux poids deux mesures véhiculé par Hollywood et l’Histoire officielle qui fait que certaines personnes connaissent mieux la guerre du Pacifique ou le débarquement de Normandie plutôt que leur propre histoire familiale ou un fait d’arme où sont tombés des milliers d’hommes à deux pas de chez eux.
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C’est donc quand même pour cela que les membres de l’association ont choisi de faire de la reconstitution historique thème Première Guerre mondiale ?
Avant tout, je pense que nous avons pour la plupart un rapport très personnel et charnel avec cette période. Après avoir abordé d’autres époques pendant des années, nous avons eu besoin de nous tourner vers un sujet beaucoup plus intime et qui nous permettait de développer au maximum le principe de la reconstitution historique. La famille et les lieux où nous vivons nous rappellent chaque jour la Grande Guerre. Nous faisons peut-être partie de la dernière génération qui a grandi au milieu de vieux meubles, avec des portraits de famille dans la montée des escaliers ! Pour moi c’était le portrait d’un oncle tué en 1915 et des éclats d’obus fichés dans le parquet !
Chacun de nous se réfère à un aïeul et essaye par ce moyen de se rapprocher de sa propre histoire, ce qui n’est pas possible dans d’autres thèmes.
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Pourquoi ce nom pour l’association ? Y-a-t-il un lien direct avec la Première Guerre mondiale ?
Nous voulions nous démarquer des noms habituels d’associations de reconstitution et trouver quelque chose qui ne fasse pas référence à l’univers militaire et guerrier. L’as de carreau, en argot militaire de l’époque, désignait le sac à dos carré avec un cadre en bois et sur lequel les biffins jouaient aux cartes. Le soldat devait mettre toute sa vie dans son sac, et surtout faire des choix car il n’y avait pas beaucoup de place !
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J’ai lu que vous confectionniez vous mêmes vos uniformes et équipements. Est-ce difficile de trouver des reproductions d’uniformes de l’époque ? Comment vous documentez-vous ?
C’est n’est pas difficile mais impossible ! Actuellement aucune offre n’est convenable. Nous recherchons l’exactitude et le détail, alors comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, nous nous y sommes mis et au final ça nous coûte moins cher que les horreurs qu’on peut trouver sur le marché !
Nous examinons d’abord les pièces d’époque que nous avons dans nos collections personnelles, puis nous étudions les textes descriptifs officiels qui détaillent les effets et les techniques de fabrication.
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Où pourra t-on venir vous retrouver pendant les commémorations ? 
Le calendrier du centenaire est seulement en train de se monter. Nous nous sommes engagés pour les commémorations de la bataille de Charleroi au mois d’août et Armentières pour la Course à la mer en octobre. Mais dans l’ensemble, et pour les cinq prochaines années, nous n’allons pas attendre les invitations de grosses structures mais monter nous même nos projets, à plus petite échelle mais en immersion totale et avec des participants triés sur le volet.
En principe nous évitons de participer aux grandes manifestations commémoratives et aux cérémonies officielles. Nous estimons que ce n’est pas là notre rôle, sans compter que bien souvent la qualité n’est pas au rendez-vous. Nous préférons d’avantage proposer une approche pédagogique en complément des commémorations.
Retranscrire la vie quotidienne des français en 1914-1918 est notre objectif, et pour cela nous mettons en œuvre des ateliers typiques de la vie quotidienne comme la cuisine, la forge, le cordonnier, le coiffeur ou la lessive. Nous voulons aussi rappeler toute l’importance de l’implication de la population civile dans le conflit, c’est pourquoi nous comptons également dans nos rangs des femmes qui ont un rôle à part entière.
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Est-on collectionneur avant de faire de la reconstitution ?
Ce n’est pas une obligation ! Même si c’est le cas pour beaucoup d’entre nous, il y en a certains qui ne collectionnent pas, et d’autres qui ont un thème de collection différent de celui de l’association. Mais il me semble essentiel d’avoir une passion pour les objets que l’on porte si on veut faire de la reconstitution digne de ce nom.
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Du fait que cette guerre soit moins médiatisée par rapport à la Seconde Guerre mondiale et que les vétérans aient tous disparus, penses-tu que vous jouez justement un rôle important pour ne pas l’oublier auprès du grand public et des collectivités locales ? Comment êtes vous perçus ?
Ce n’est pas la reconstitution qui permet de ne pas oublier. Il est important de le comprendre car nous ne sommes pas indispensables. Les livres, les musées, les expositions, les monuments, la transmission de l’histoire familiale, sont autant de moyens pour transmettre la mémoire collective. Nous, nous sommes juste des passionnés qui font en sorte de se rassembler pour partager des bons moments, et si possible apprendre quelque chose aux gens qui viennent à notre rencontre.
L’histoire vivante est une pratique très variée, et dans l’ensemble c’est très peu connu et encore moins compris par le grand public. Globalement nous sommes assez bien perçus par les visiteurs et les responsables locaux, mais beaucoup ont du mal à percevoir les raisons et le but de notre démarche. Il nous arrive souvent d’être pris pour de simples figurants bénévoles habillés par le comité des fêtes, ou à l’inverse pour d’authentiques militaires en uniformes de tradition !
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Un Grand merci à Romain pour son temps consacré à Folie Vintage. Retrouvez toutes ces informations sur le site de l’Association As de Carreau à www.asdecarreau.net
Nous vous rappelons que de 2014 à 2018, de nombreuses communes, comités départementaux, collectivités, associations mais aussi les pays qui furent touchés par le conflit préparent des manifestations et proposent des documents d’archives pour le grand public.
Toutes les informations sont disponibles sur le site http://centenaire.org
(Crédits photos association As de Carreau)
Hélène Masselin-Dmytriak pour Folie Vintage
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