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Précieuse et curieuse : rencontre avec Marie (X’Tatix Doll)

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Photo : Vivien

J’ai croisé Marie pour la premier fois à Lyon. J’avais réservé un hôtel à deux pas du Foxtrot, sorte de dancing rétro, habillé art nouveau, qui fit guinguette d’antan et aujourd’hui reconverti essentiellement dans le latino, mais pas que. Il allait se tenir là une nuit de la prohibition. C’était il y a déjà plus d’un an. Il fallait se grimer, j’étais vêtu d’un costume à rayures avec le chapeau idoine et les chaussures bicolores : pas de quoi se pâmer, mais de se fondre dans la foule pensai-je. Bref, j’y allai.

J’étais bien dans le ton, nous ne devions être qu’une vingtaine accoutrés semblablement! Mais, oh surprise : moi, j’avais au moins quinze ans de plus que les autres! Bref, j’étais grillé. Passons. C’était une soirée sans danseurs de swing (quasiment) avec un petit orchestre qui, du coup, joua n’importe quoi, pas trop mal, et deux Dj d’électro-swing (je ne me souviens plus de qui il s’agissait, mais l’un des deux ne devait pas avoir une notion très exacte du mot swing) ce qui permit à tous ces jeunes d’exercer frénétiquement une expression corporelle mal coordonnée, et à moi de prendre le temps de prendre quelques consommations. Il y avait, se promenant l’appareil à la main, un photographe (qui m’évita), et qui, je le su plus tard, pris d’exceptionnelles photos, des clichés anthropométriques (normal avec tous ces truands de la prohibition!) artistiques. Bref, je m’attendais à une soirée plus roaring twenties, j’étais un peu dépité, quand tout à coup, une mise en scène bienvenue introduisit le show burlesque. On nous annonce les Précieuses ridicules, à l’époque il s’agissait je crois de Zouzou Berreta, de Bettina Corleone et de Xtatix Doll. Il y avait aussi Miss Rose (des BBB de Grenoble). Un vrai feu d’artifice de Joie, de bonne humeur, de glamour… Bref, ma soirée souriait. Le propos n’étant pas de vous faire un compte-rendu de soirée, j’arrête là la narration. Mais alors, et Marie dans tous cela ? Marie au prénom de vierge ! Quand je la vis la première fois, Marie était une poupée extatique. Xtatix Doll ! Serait-elle paradoxale ?

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Mise en scène et photo : Yildiz Photo

Aujourd’hui, elle dit d’elle : « Minette d’une petite trentaine, projets et rêves plein la tête… Une croqueuse de vie. »
Je lui demande : « Tu as fait quoi quand tu étais jeune pour si mal tourner ? »
« C’est un joyeux bordel Marie. » Voilà qu’elle parle d’elle à la troisième personne ! Non, c’est juste une distanciation passagère pour marquer le changement, le temps écoulé…
« Je danse depuis l’âge de cinq ans, je m’y destinais puisque j’ai fait sport-étude. J’ai arrêté sec la danse. »
Je vous fait la version courte, parce que Marie quand elle parle ne s’arrête pas. Et du coup par moment on loupe des opportunités de question : pourquoi a-telle arrêté la danse ? Je ne saurais le dire mais elle confie à un autre moment qu’elle a vécu cela comme une perte, un échec. Elle a pris alors une orientation commerciale, dans la métallurgie lourde ; elle est devenu acheteuse, un poste de responsable, elle ne travaillait qu’avec des hommes. Puis elle s’est orientée vers l’automobile (qui est un milieu délicieusement féminin, comme chacun sait); elle y est allée sans trop y croire et sans trop d’envie.
« Manque de bol, on m’a dit oui, rigole-t-elle ».
J’ai omis de préciser que Marie vient d’Alsace, pays ou on a son franc parler apparemment : « Le milieu automobile est un milieu de con, dixit. » Ceci avec son sourire de croqueuse de vie.

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La deuxième fois que je vis Marie, un mois après la première fois, elle performait à Grenoble dans une des premières revues du cabaret burlesque du Shag Café. Les précieuses ridicules, le collectif burlesque lyonnais, étaient invités. La même énergie que la première fois ! Le public, pourtant différent, davantage dans ma tranche d’âge, et non initié pour la plupart, ravi, enthousiaste, jouant le jeu en redemandait. L’univers de Xtatix Doll est sans doute plus rock que swing, il y a dans la façon de se tenir, de jouer, un je ne sais quoi de charismatique, un peu raide, mais captivant. Et durant l’after, le public parti, les artistes et quelques privilégiés (et oui !!! ) attablés , la conversation me fit découvrir une personnalité forte en gueule et le cœur sur la main : un personnage. Riant souvent, le bon mot facile, sans que cela paru affecté, elle retenait l’attention : je me souviens du récit de quelques mésaventures auxquelles se trouvent parfois confrontés les artistes burlesques, hilarant.

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Photo : Fx Dubois

Après l’Alsace, Marie partit pour Lyon.  » Une grande pause », dit-elle. Elle s’est installée dans une maison qu’elle a retapé. Elle a fait le maître d’œuvre pendant un an. Du repos donc ! Puis elle a bossé dans une boutique de luxe, avec un projet pour une boutique de prêt-à-porter qui n’a pas abouti. Mais l’idée avait germée ! C’est là que le hasard fait bien le choses…
« J’ai rencontré Atanith (Atanith del hammer) et Pom´Cannelle des Reservoirs girls à l’occasion d’un cours (de burlesque donc) offert pour Noël à une amie. »
L’amie en question, on peut le dire, est connue dans le milieu sous le nom de Bettina Corleone !
« On a accroché et elles m’ont fait la surprise de me mettre à l’affiche !!! Le mois d’après j’étais sur scène … » Ceci se passe en février 2010.
« Ensuite on enchaîne date sur date avec les Reservoirs Girls. Alors quand Pom’ Cannelle a déménagé, on a fait une pause. »

La troisième fois que j’ai vu Marie, c’était à Grenoble. Je l’ai aperçue, plutôt. C’était au Grind Market. L’événement a lieu à L’amperage, un lieu underground s’il en est, dans le meilleur sens du terme: quelques petites salles dans un entrepôt un peu rouillé, une ambiance quasi troglodyte. C’était la troisième édition de ce marché rock’n’roll, mélange de mode et accessoires, burlesque et son électro. Du moins c’est ce qu’annonçait le pitch. Cela se tenait en janvier 2013. Xtatix Doll devait faire trois passages, l’ignorant je suis arrivé trop tard. Je l’ai juste entre-aperçue de loin, en pleine conversation, avec un air un peu sérieux, un air presque renfermé que je ne lui avait jamais vu. Et comme tout animal craintif, j’ai fui devant ce qui pouvait être soudain dangereux : je l’ai salué, de loin toujours, et suis parti. Je notais quand même que le lieu n’offrait qu’une scène sordide, coincée entre deux stands d’artisans genre « baba cool reconverti dans le Rock a Billy », avec un public jeune très tatoué (je crois même que dans un coin il y avait une sorte d’atelier de tatouage… ). Je me suis dit qu’elle avait dû se produire devant des badauds, pas des spectateurs, et que cela ne fut sûrement pas simple. Bref, ma visite fut brève. En effet, je ne suis ni jeune, ni tatoué, donc facilement repérable… Marie elle, la chose est avérée, n’a pas froid aux yeux.

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« Quand on a monté les Précieuses Ridicules avec Bettina, on a très vite été bookées deux huitaines par mois. » Les Précieuses, c’est le nouveau collectif lyonnais de burlesque. La référence à Molière est transparente, j’en oublie de demander s’il y a autre chose là-dessous. Sur scène, avec toute sa grâce et sa féminité, indéniable, Marie garde un quant-à-soit dans le maintien, qui lui donne des allures androgynes; et la préciosité est une qualité ambigüe. Dire d’un homme qu’il est précieux peut signifier que son homosexualité vous apparaît ; alors une femme androgyne qui se dit précieuse, et ridicule ! Existerait-il une lecture subliminale de tout cela ?

« Après un an, on s’est un peu calmées. Avec Belinda, on a bu un coup et on s’est dit : et si on montait une boite ? »
Je lui demande de me préciser qui est Belinda et où l’a-t-elle rencontrée. En fait, il s’agit d’une de ses anciennes collègues de travail, dans une boutique. « Elle a fait bio, avec une spécialisation cosméto. On a une réelle complémentarité. » Une amie leur a parlé d’un local. Quelque chose en rapport avec la réhabilitation du quartier. Parmi plusieurs projets, la mairie les a choisies. Et c’est parti. « On est de grandes fans des 50’s et de l’imagerie de la femme de l’époque. On ne trouvait pas ce qu’on voulait, ou alors ponctuellement. Internet c’est bien, mais bon… » Ainsi naquit : Le cabinet des curieuses.

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La quatrième fois que je vis Marie, c’était à Lyon, au cabinet. J’avais été invité à l’inauguration mais n’avait pu y aller. J’avais suivi sur les réseaux sociaux l’apparition de ce lieu étrange que les deux femmes faisaient éclore. Alors quand avec ma compagne, nous décidâmes de faire les boutiques de fringues Vintage, je lui parlais de l’endroit ; nous cherchâmes sur un plan et nous découvrîmes qu’il se nichait pile-poil dans le quartier où toutes ces boutiques sont. On se ballade, on chine, on fouille, on y arrive les bras chargés des quelques emplettes déjà faites. On entre et … Whouaou ! Ce n’est pas une boutique, c’est un écrin. Du bois partout, des objets hétéroclites, étranges, a mi-chemin entre le gothique et le victorien, avec en fond sonore, une bande électro-swing qui me capture l’oreille immédiatement. Ah, la cage à jambes avec le squelette d’oiseau (réalisée spécialement pour elles)! une décoration à couper le souffle. Et pourtant cela respire, cela respire le luxe le calme et la volupté, dirait le poète. Et que dire des produits proposés ? Décrivons cela simplement : souvent, quand on va faire les boutiques, on entre, on regarde, on hésite ou on a déjà une idée, on va à la cabine d’essayage avec trois ou quatre tenues et quand on s’est vu dans le miroir, attifé plus ou moins avec grâce avec ce qui nous avait tenté, on abandonne tout à la vendeuse et on part à la boutique suivante avec une sorte de crispation au ventre qui ressemble à s’y méprendre à de la frustration. Ma femme a essayé cinq ou six tenues, je ne sais plus. Elle a tout acheté. Mais avant cela, quand une superbe créature, dans un tailleur très hitchcockien, avec une paire de lunettes très rétro, d’un glamour à la fois distant et accueillant, vint vers moi, après le whaou initial, je me suis dit : aie. J’ai mis dix grosses secondes à comprendre quand la-dite personne me gratifia d’un : « On ne se connaîtrait pas, par hasard ? » Marie ! Une autre Marie ! Pas vraiment, juste une autre version. Une commerçante, avenante, attentive à ses clients. Je l’ai vue passer un temps fou à aider de jeunes femmes dans leur choix. Une patience impressionnante et un goût exquis. N’ayez pas peur, tout est beau et de surcroît tout est abordable.

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« Notre but c’est des nénettes de tous les jours dans des fringues géniales. » Elle m’explique qu’elles ont un carré créateur qu’elles changent tous les quatre mois, un créateur différent avec une collection spéciale « curieuses » qu’on ne trouve qu’aux Curieuses. Elle dit déjà Curieuses pour cabinet des curieuses, raccourci affectif qu’à mon avis chaque visiteur adoptera très vite. Le premier créateur qu’elles ont accueilli c’est Mademoiselle Theo Legrand.
« Au départ c’est une amie (tiens, encore une !), une amoureuse des années 40 et 50. Par ailleurs, elle a fait poser Bettina. Elle ne travaille que sur des modèles uniques. » Quand je lui parle de la déco de la boutique elle me dit : « On habille nos murs avec des choses différentes, avec des artistes qu’on aime, tous les trois mois. Aujourd’hui c’est une expo Jean-Sébastien Pourre, un photographe qu’on a connu grâce au burlesque, qui nous a suivi sur toutes nos dates. » Son enthousiasme est évident. J’observe ! Quand elle parle de vêtements elle dit : les curieuses, et quand elle parle d’art, elle dit : le cabinet. Comme si le lieu était un assemblage. Ce n’est pas un lieu c’est une rencontre, dans toutes les acceptions du terme.

Marie parle à nouveau des créateurs qu’elles reçoivent : « En avril, on a accueilli « Nana paprika », une petite lilloise qui nous a téléphoné. Elle a appris à coudre avec sa grand-mère ! Elle a créé une collection spéciale pour les curieuses. Elle ne travaille qu’avec du tissu lillois, que du local. Broderies et dentelles, tout vient du Nord. » Elle enchaîne, intarissable: « La prochaine qu’on accueille, c’est Aurélie de « Morphose et vous » qui est corsetière à la base. Elle est venue nous voir pour une collection spéciale années 50. » Là elle s’arrête, puis affirme : « on veut un univers rétro quotidien. »

La cinquième fois que je vis Marie c’était au Shag Café à Grenoble pour la cinquième nuit de la prohibition du lieu. Elle ne venait pas en tant que personne, elle venait en tant qu’amie. Quand je lui demande : « Qu’est-ce que tu peux me dire d’autre sur Marie? », elle me répond : « j’aime danser, le soleil, mes amies, j’aime la beauté des femmes. Jean-basket quand on veut, mais quand on garde l’esprit de la féminité. » Et le burlesque ? Elle me parle des précieuses, des prochaines dates importantes, du rapprochement avec les BBB de Grenoble. Elle me dit :  » notre force c’est notre équipe. Je veux créer un personnage drôle. Mon hortensia, un numéro de voyante, mon premier numéro où je danse (depuis 10 ans). Cela n’est plus une plaie, j’ai flippé ma race. » Ça, c’est dit. Elle a conclu notre conversation par :  » Je suis une hyper-émotive. »

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Photo : Fx Dubois

La dernière fois que j’ai vu Marie, je l’ai surprise à mon tour. C’était à la fin de cette nuit de la prohibition, au Shag Café. Elle bondit de sa chaise, un étonnement radieux sur le visage, réellement mangé par le sourire:  » C’est toi Marc Tresve ! J’adore ce qu’il fait !  » Une femme remarquable, assurément…

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Photo : Vivien

Marc TRESVE pour Folie Vintage

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