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Miss Glitter Painkiller

Miss Glitter Painkiller, la vague new-burlesque à la française

Aux petits maux… les grands remèdes !

 

Lire la partie 2 : http://www.folievintage.fr/burlesque/doubles-jeux-et-doubles-lectures-burlesques/

Une moue boudeuse, un déhanché saccadé, une pluie de paillettes sous des fanfreluches et des pampilles roses bonbon acidulé, aux petits maux… les grands remèdes !
Miss Glitter Painkiller vous transporte dans une tornade fraîche et pure d’un imaginaire aux mille et une couleurs rayonnantes, des explosions de rires, une complicité enfantine pour un répertoire des plus pétillants et surprenants. Miss Glitter Painkiller est un remède-miracle contre les maux et la mauvaise humeur ; elle nous fait mourir de rire, de joie et de bêtises. Femme-enfant, perdue dans un imaginaire sans faille et sans fond, ses souvenirs de petite fille côtoient les nanars et les souvenirs de princesse… surtout le cake d’amour de Peau d’Âne.
A quoi bon jouer aux poupées et aux grandes dames sans airs ni apparats ? Les froufrous côtoient les détails les plus ubuesques, entre trivialité touchante et théâtralité grotesque. Un petit coup de fouet… une petite seringue de botox et le tour est joué… mais jusque quand ? Jusqu’à la prochaine avalanche de paillettes ! Assurément.

La première fois que j’ai rencontrée cette artiste, j’ai vu une très belle jeune femme, douce, calme, aux airs même un peu timides. Quand j’ai découvert Miss Glitter Painkiller, je suis tombée dans un univers acidulé, édulcoré, naïf et bon enfant… comme une bouffée d’air frais, léger et pur, sans chichis, sans fards. Pourtant des fards, il y en a. Surtout des paillettes… par milliers.

Des barbies, des grosses têtes de chat, des robes de princesses, des jolies choses à froufrous et à fanfreluches… cet univers aux allures pastel de l’innocence et de l’imaginaire enfantin collectif m’a très vite transporté dans une double sphère, où les clichés et les codes graphiques m’ont troublé dans un paradoxe mystérieux et envoûtant.

Pour les lecteurs néophytes, Miss Glitter Painkiller est une des ambassadrices et pionnières du new-burlesque en France. Avec la première troupe nationale, les Kisses Cause Trouble, elle a su instaurer un imaginaire et un univers graphique et créatif riche en couleurs, en rires et en paillettes dès sa première scène. Passionnée de lingerie rétro et inconditionnelle fétichiste des liseuses et des déshabillés vintage, son nom a flirté sur les plus prestigieuses scènes de l’univers burlesque et du tout Paris ; elle créé la première revue burlesque de la capitale, Les Glitter Fever, aux multiples succès et couronnant son rayonnement de plus en plus grandissant, elle devient directeur artistique évènementiel pour Le Pink Paradise, elle mène des classes au Crazy Horse, et mène des soirées au club Silencio*… elle partage la scène avec la grandiose Kitten Deville, Miss Exotic World 2001 et avec la sulfureuse Clara Morgane…

Folie Vintage : Pour commencer comment as-tu vécu cette expérience folle au Pink Paradise, niveau technique… gestion ; parle-nous de cette aventure !

Miss Glitter Painkiller : D’octobre à février on a fait presque tous les soirs cette revue au Pink Paradise ; avant l’ouverture, en première partie de soirée. C’était une soirée purement burlesque. Techniquement c’était vraiment sympa, mais très compliqué pour moi. Je gérais tout de A à Z… J’ai dû coacher Clara Morgane, lui donner des cours tout l’été. Elle était là une ou deux fois par semaine, elle présentait un numéro chanté… c’était audacieux, elle présentait une reprise de la « Javanaise » en jazzy… pas facile ! Elle est vraiment pointilleuse, et pour tout timer au poil, on a pris une chorégraphe en plus et je m’occupais de la partie burlesque de la performance. Elle s’est vraiment donnée, elle était très généreuse et fraîche. Une amie a moi a strassé tout son costume, elle a vraiment travaillé son numéro… c’était vraiment sympa.

4Quelques artistes en programmation au Pink Paradise

Folie Vintage :  Parenthèse magistrale faite, j’aimerais désormais vous plonger instantanément dans son univers aux 1001 teintes et (dé)enchantements, avec une introspection artistique sur un numéro fort intrigant : « Blue Velvet ».
Une des musiques les plus abyssales d’Alisson Goldfrapp, une silhouette à la « Inland Empire » de David Lynch, des mouvements légers, lents et une prouesse technique, puisque – on peut le dire – tu es quasiment aveugle ! Parle-nous de ce numéro, de ton imaginaire et de tes inspirations pour cette performance… Quelles ont été tes motivations artistiques ?

Miss Glitter Painkiller : Je suis fétichiste des beaux masques. Justement au Silencio, j’avais reçu des artistes qui réalisaient une performance avec des masques de chiwawa géants. J’étais en transe ! J’ai rencontré David Lynch, je suis vraiment passionnée par son univers…
J’avais déjà pensé à un numéro hommage à son univers, à la Angelo Badalamenti, pour une performance sur fond de freejazz… mais forcément ça ne collait pas à mon univers.
A chaque fois que je faisais des numéros classiques, je ne pouvais pas m’empêcher de faire une grimace, et là « pouet »… Mais ici, j’avais vraiment envie de développer cet univers lynchien, avec un masque imposant.

10Crédit : Petna Photoart – Blue Velvet

Ensuite, l’imagerie du chat, je me suis dit pourquoi pas… c’est gracieux, symbolique. Ça se rapproche de l’univers féminin ; mais burlesque, sur la taille. Quelque chose d’imposant, de démesuré… forcément ! Comme j’avais une costumière de grand talent, j’ai choisi quelque chose de grand, imposant et audacieux ! Tant qu’à avoir un masque, autant qu’il soit immense.
Je voulais casser ce côté « déguisé » avec une robe de soirée, des talons… pas du tout de look total chat… vraiment décalé.

Folie Vintage :  « Blue Velvet » est une performance très contemplative… comparé à toutes tes autres performances, où tu joues avec le public et revisite ta performance « in vivo » à chaque moment de représentation… Une nouvelle envie ? Un nouveau regard ?

Miss Glitter Painkiller : J’avais envie de faire un numéro beaucoup plus sensuel, le fait d’être masqué m’aide vraiment à rentrer dans ce jeu plus fantasmagorique. Je fais plus parler mon corps, ça marche… je les entends pas, ils sont intenses. Pas comme dans ma performance « Les feux de l’amour », les gens commentent, rigolent… j’adore ça ! Mais là, vouloir quelque chose de plus classique, je ne m’en sentais pas capable, donc sous un masque… c’est beaucoup plus facile ! En effet, je suis plus libérée de mon corps.

6Crédit : Florian Staffolani –  Les feux de l’amour… ou pas.

Folie Vintage : La créatrice de grand talent, Jackie Tadéoni, t’a réalisé ce costume… un très bel ouvrage, une finesse incroyable et une touche vraiment particulière et personnelle… comment avez-vous travaillé ensemble sur ce projet ? Quelles ont été les étapes et les phases de création ?

Miss Glitter Painkiller : J’ai donc contacté Jackie Tadéoni, mon amie costumière ; on a mis un bon moment à réaliser quelque chose de concluant… elle s’est inspirée des conceptions techniques des masques de Disney, avec un calot et des élastiques. Je voulais un masque imposant… Mais pas forcément solennel. Dans les phases de création, c’était un peu libre. Je lui ai envoyé des photos d’inspiration, je voulais quelque chose de grand, de fin… Elle est venue avec l’idée d’inclure des leds dans le masque, les oreilles s’allument donc dans ce numéro. Du coup, on a expérimenté cette technique, mais le fait d’être amies, on se comprend plus facilement ; on a un réel feeling. Mais avant tout, quand je travaille avec quelqu’un j’ai envie qu’on s’amuse tous autant ; j’ai donné quelques contraintes, quelques désirs particuliers au niveau de la technique, mais c’était une création de performance à plusieurs mains. Je lui ai donné carte blanche.

Folie Vintage : Du coup, ça a été une sorte de challenge pour toi aussi de voir cette création, de réaliser une performance autour d’une pièce rapportée ?

Miss Glitter Painkiller : Oui, d’ailleurs la première fois que je l’ai fait, c’est un peu tombé à plat… la musique n’allait pas. Elle était trop fifties, trop « girly ». Le côté mystérieux n’était pas instauré. C’était pas assez mainstream, trop lynchien, ça n’allait pas. Ensuite, j’ai eu la chance de faire des photos avec l’artiste Alyz, une photographe dont j’adore le travail, aussi passionnée de masques. On a fait des images, on avait aussi les mêmes inspirations… c’était une riche expérience.

7Crédit : Alyz – Légende : « Cette performance est même plus que sensuelle… elle est éthérée. »

En le rôdant, comme ça, à force de le jouer… la performance a pris son univers.
Je suis presque aveugle dans le numéro, je ne vois pas les gens… ça n’a rien a voir avec ce que je fais d’habitude.

Folie Vintage : C’est un numéro assez particulier… tu t’effeuilles très lentement, cette dimension ultra-contemplative, très langoureuse, très mystérieuse et enivrante n’a pas la même dimension que ton répertoire, quel a été le premier accueil du public pour une Miss Glitter Painkiller plus envoûtante et fatale ?

Miss Glitter Painkiller : Pour ce numéro, au début, je performais sur du Bobby Vinton, la première version de « Blue Velvet », mais il me semble que c’est la BO du film « Christine ». Les gens avaient au début peur avec mon masque imposant mais aussi maintenant avec la musique ! (rires) La première fois, les gens dans le public miaulaient… ça n’allait pas. Comme je le disais au dessus, l’univers n’était pas instauré et les gens n’étaient pas réceptifs à mes envies de cet univers lynchien et mystérieux. Même si l’intro était abyssale, électro expérimentale, je n’étais pas à la hauteur.
Maintenant, la musique est enveloppante. Je suis totalement à l’aise. Et comme ça change de mon répertoire habituel, maintenant je le fais les yeux fermés… d’ailleurs je ne vois rien ! (rires)
C’est aussi assez rare qu’on me booke un numéro particulier, en général on me donne carte blanche pour la sélection et la réalisation de la ligne artistique. Et heureusement, en général je fais des soirées où je suis solo. D’ailleurs je l’ai fait récemment à une réunion de bikers pour Harley Davidson, le public était en transe, je les voyais la bouche ouverte. J’avais peur car ils avaient plutôt l’habitude de la mouvance strip ; ils avaient baissé la lumière et ils étaient vraiment ébahis. C’était vraiment chouette !
Une de mes plus belles représentations étaient sans doute celle que j’ai faite à Montpellier, pour l’association Les Boudeuses lors du FREAK SHOW. C’était sauvage, j’ai vraiment choppé le numéro.
J’aime vraiment me masquer, à l’intérieur je suis très concentrée, j’ai la bouche entre-ouverte, je suis en transe… (rires)
Folie Vintage : Je peux pas m’empêcher de décortiquer ce numéro qui m’a vraiment enivrée. Ton corps menu, sur-sensualisé et cette énorme tête de chat, hypnotisante avec ces grands yeux aux cils très féminisés… c’est très poétique et à la fois très angoissant, troublant…  gênant. Cette animalisation, ou cette humanisation a un sens assez mystique au fond, l’imaginaire presque anthropomorphique, plein de sens, plein de codes graphiques… on est perdus, dans un univers abyssal. Quelle est ta lecture personnelle des clefs de lecture de cette performance très particulière ?

Miss Glitter Painkiller : C’est impossible de parler de toi ! Le burlesque est quelque chose de schyzophrène, ça vient de tas d’inspirations…

Folie Vintage : Mais alors, c’est du Mathilde ou du Miss Glitter Painkiller ?

Miss Glitter Painkiller : Mmm… Par exemple quand je fais des photos, c’est vraiment plus du Miss Glitter Painkiller… Ca n’a rien a voir avec mes numéros, je ne fais pas de photos « pouet », j’aime les univers éthérés…

13Crédit : Justine Maillard – Le temple de Diane

Je voulais vraiment un numéro cinématographique, c’était inspiré par Lynch. Même si il n’y a pas de gros chat dans l’univers de David Lynch (rires) mais vraiment dans mon envie d’art-vivant. De performance. J’aime beaucoup les films de genre, les films d’horreur, série B, série Z…

Folie Vintage : Hors inspiration tu voulais quoi en particulier… ?

Miss Glitter Painkiller : Mais je ne voulais rien ! (rires) Je suis incapable de me forcer de quoi que ce soit, j’avais juste envie de faire ça… Je le fais parce que j’avais envie de me sentir désirable ; une sorte de fantasme personnel. J’aime vraiment ne pas voir les visages…

Folie Vintage : Comme une mise en abyme du burlesque, tu te cacherais pas derrière un personnage, tu te cacherais derrière ton masque ?

Miss Glitter Painkiller : Oui, ou un tout autre personnage. Je prends plus mon temps, tu attires l’attention sur d’autres choses… Ça fait appel à plus de choses, ça a un côté plus voyeur. Comme au cinéma. Je raconte une autre histoire. Ce qui me plaît, c’est d’incarner plein de personnages.
Comme tu le dis, je ne suis pas timide, mais réservée. Il me faut du temps pour instaurer quelque chose, je suis observatrice… Je ne suis pas une incarnation de Peggy Bundy non non je ne me roule pas au quotidien par terre ! (rires)

12Crédit : Evestreet – Wonder Glitter !

Mais quelque chose d’ici plus sensuel. Je suis un peu bloquée car j’ai l’habitude d’incarner des personnages hauts en couleur, ici c’est plus posé et plus sensuel. C’est pas évident, car avant tout tu es offerte. Quand tu es sensuelle, tu ne joues pas… C’est un peu privé ici. C’est même plus que sensuel, c’est éthéré. Tout est décortiqué, je prends vraiment mon temps.
D’ailleurs je prépare un numéro qui va être l’entre-deux ; je voudrais bien avoir des challenges, sans avoir à faire quelque chose de très classique, bouche entre-ouverte qui ne me correspondrait pas. Forcément je vais vers les univers et les inspirations qui me touchent et qui me ressemblent, ça me paraît logique. Mais j’aime la surprise avant tout. Ils s’en souviendront ! « La nana est venue, elle a bu dans mon verre ! » On ne peut pas prévoir… J’adore ça.
C’est hyper dur, car tu sais jamais ce qui va se passer… J’ai vraiment besoin de contact avec le public ; je trouve que d’avoir quelque chose de trop classique sans interaction moins intéressant. Ici les gens ne sont pas interactifs, mais silencieux… ils voient, vivent. Ils sont concentrés. Hypnotisés. J’aime ça aussi. C’est aussi la première fois que je prends une musique aussi moderne. Et puis tant que tu aimes ça, que tu prends du plaisir… le public sera généreux et réceptif !

5« Barbie » au Pink Paradise

Folie Vintage : L’accueil de ce numéro a-t-il été différent de cultures en cultures ? Je pense notamment à ta performance au sein du French Fantasy Cabaret « Ohh La La » aux Antilles… c’était leur premier événement de la sorte, non ? Des anecdotes ?

Miss Glitter Painkiller : En même temps je ne l’ai pas présenté beaucoup de fois… !
Pour moi c’est même pas un rapport aux gens, mais par rapport à soi-même. Si tu prends du plaisir, si tu l’as travaillé…

Folie Vintage : La passion est inter-culturelle !

Miss Glitter Painkiller : Voilà. Les gens ont beaucoup aimé. Je l’ai fait une fois en soirée privée, un enfant était vraiment effrayé. Beaucoup de gens ont très peur de cette grosse tête de chat.
Ca fait un peu mascotte à la fin ! Au moins je suis toujours bien sur les photos ! (rires)

Folie Vintage : Ton actualité burlesque… parlons un peu de ce changement de vie ! Et oui, adieu Paris ! Enfin… jusqu’à nouvel ordre, mais surtout bonjour le soleil du sud ! Tu viens crécher non loin de Montpellier, où tu vas implanter tes fameuses Glitter Fever ! Histoire de chauffer un peu plus les terres chaudes… tu n’as pas peur de t’enflammer avec tout ce soleil ?

Miss Glitter Painkiller : C’est vrai que j’ai emménagé à Nîmes, j’avais pas pensé faire du burlesque ici, car je suis relativement bookée un peu partout en France. Mais en tant que créative, ça me démangeait… ! Alors j’ai contacté le O’Sullivan, la même équipe avec qui j’avais travaillé sur Paris, on est sur la même longueur d’ondes, ils me montent une scène avec toute la technique. Je vais essayer, mais j’ai pas envie de tout recommencer à zéro ce que j’ai pu mener à Paris les dernières années. Je ne sais pas du tout comment ça va prendre, car à Paris j’ai un réseau riche avec ces années d’expériences et je proposais des shows de qualité. Ici, j’ai envie de faire venir des performeuses vraiment de qualité. Ca sera le lieu de villégiature ! (rires)
Du moment que tout le monde est motivé, et je sais que les filles avec qui je travaille le sont… je commence modestement, mais après 7 ans de burlesque je me fais des dates plaisir !
Au niveau des cours je vais en donner sur Montpellier dès la rentrée, et vous pourrez me retrouver à Reims et à Paris bientôt bientôt !

Folie Vintage : Et tu as des projets fous-fous pour bientôt ?

Miss Glitter Painkiller : Je travaille sur un duo avec mon concubin (rires), je ne pense pas que ça soit déjà fait ! Mais oui, ça va être amusant… Y’aura plein d’effets spéciaux… et je prépare un nouveau numéro solo, très showgirl ! Très hollywoodien !

8Crédit : Florian Staffolani

Et pour aller plus loin…

Découvrez l’effeuillage coquet et cocasse des deux performances coup de cœur de la rédaction du répertoire de Miss Glitter Painkiller…

Une interview réalisée et dirigée par Justine Maillard pour Folie Vintage

Lire la partie 2 : http://www.folievintage.fr/burlesque/doubles-jeux-et-doubles-lectures-burlesques/

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