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Cabaret Burlesque IV

Le Cabaret Burlesque d’octobre

Le Cabaret Burlesque d’Octobre (Mercredi 10 octobre 2012) – Grenoble
Lalla Morte & Varla Fortuna (portraits), par Marc Tresve

(annonce sur Folie Vintage : lire l’article)

L’une a vécu six ans à Grenoble, l’autre jouait avec les Black Luna (son groupe, elle est guitariste) au Strange Carnival, dans la capitale de l’Isère, le week-end précédent. Les deux arrivaient donc confiantes ce mercredi 10, mais voilà…
« Il nous est arrivé un truc improbable, déclare Varla. » Improbable : c’est son mot ce soir-là, elle en usera souvent, vraiment.
C’est Lalla qui raconte, avec toute une gestuelle du visage – mimiques, sourires, grimaces et coquineries qui sont l’une des grâces du personnage : « On se maquillait (elles sont alors dans le train) et on discutait de nos numéros. Il y avait un gars qui nous regardait. On voyait qu’il écoutait. Le genre « Whaou, des artistes mais quel genre de numéros elles font ? ». Il ne présentait pas super, genre… »
Varla la coupe, spontanément : « Genre babos crados ! ». Elle est comme ça Varla, des choses fusent ! « Tu crois ? Je le voyais pas bab’». Elles discutent, oublient un peu ceux qui les entourent, puis Lala reprend : « A un moment, il change de place. Il prend le siège face à moi et il se colle contre la fenêtre. Genre je mate dans le reflet et j’écoute. C’était flippant ». Elles se regardent pour se confirmer l’impression. « On était presque arrivées. Et quand on a voulu sortir, il s’est retourné, il avait une espèce de chemise (sans doute genre babos crados, notai-je in petto) ou de veste et en dessous le mec, il avait… (petit silence qui ménage l’effet de surprise)… un corset ! ».
Une chose est sûre : les filles n’en reviennent toujours pas ! « Et il le resserre devant moi, mais vraiment, pas un corset à dix balles, un truc qu’on resserre vraiment. Genre il veut montrer que lui aussi, il est de la partie. Mais le truc, il était superbe, un corset magnifique, victorien, je lui aurais bien piqué ». Elles en rient, puis : « En tout cas, c’était flippant »
« Improbable, conclut Varla. »
Nos deux artistes finissent par admettre que si le monsieur en question, qu’elles surnomment Monsieur Corset, si Mr Corset donc se reconnait en lisant cet article, il peut les contacter pour quelques explications.

Grenoble, terre improbable, où chaque deuxième mercredi du mois à lieu Le Cabaret Burlesque. Celui-ci démarre donc sur du pittoresque !
La soirée en elle-même débute par  un set des Gigolos Ramblers, orchestre au nom de circonstance qui nous distille un swing revigorant. Et ce n’est pas un mal, on voit vite que le public est néophyte, qu’il va falloir l’initier. Le jazz est là et ce jazz-là réchauffe déjà l’atmosphère le temps qu’arrive la première star de la soirée : Martini Cherry. Ce personnage mériterait à lui seul une chronique, un portrait, voire un livre entier. Martini Cherry parait, le monsieur loyal du spectacle, travesti extraverti, extravagant, avec ses talons aiguilles, sa jupe à voilettes super sexy et son mètre quatre vingt (minimum je pense !).

« Ladies & Gentlemen, avez-vous déjà fait des soirées burlesques ? Personne ? D’accord, donc c’est une salle de vierges !?!! ». Eclats de rires, puis Martini explique le fonctionnement de l’effeuillage, comment on doit se comporter, là où il faut faire du bruit… Et sous le déguisement d’un show sexy et drôle, on assiste à une pédagogie du spectateur qui permettra à toutes et tous de mieux appréhender l’esprit du burlesque. Il présente Wanda de Lullabies (du collectif grenoblois BBB) venue amicalement, en voisine, donner un coup de main : « La ramasseuse de petites culottes, ce soir » qui installe les accessoires du premier numéro. Ce numéro c’est Lalla en Pierrot. Débordant de poésie ! Notre artiste possède une spécificité, elle travaille en chaussons de danseuse et fait ses numéros (enfin ceux qu’elle nous présentera ce soir) sur pointes ! Alors quand on entend Lets dream in a moonlight qui est un swing, il est presque surprenant que le contraste entre la tenue, le jeu de scène et l’univers musical passe inaperçu, même qu’une cohérence s’impose immédiatement. « Je suis plongée dans cet univers burlesque classique, mais en même temps je ne suis pas puriste, il faut bousculer les codes, offrir de l‘innovant ». Ainsi ces petites lucioles de lumières rouge qu’elle fait apparaitre et disparaitre, presque du close up, une pointe de magie qui donne un cachet supplémentaire à la grâce de son numéro, danse et effeuillage qui ne démarre à proprement dit qu’ensuite. Lalla Morte est pleine d’expressions, son visage danse aussi, il fait partie du scénario. Ses tatouages rajoute à cette espièglerie de femme enfant et son corps, presque sans poitrine, renforce ce sentiment d’avoir à faire à un être différent, gorgé de sensualité mutine.

Puisqu’on est dans les contrastes, voici venir Varla Fortuna. Vala habite un corps de femme réelle, grande et pourvue. On ne l’imagine pas en elfe et si son numéro évoque aussi la nature, on se sent plus proche d’une communauté hippie (robe de voiles et couronne de fleurs) que du royaume de Féérie. Les rêves de Varla sont adolescents. Bien que douce, le corps de Varla, son visage aussi, exprime une sorte de défi, de rébellion presque.  Le numéro se termine sur le refrain  de Here comes the sun (des Beatles) : Love, love, love, love is all, très fin 60’s. Première surprise passée, on trouve chez Varla une sensualité plus charpentée, plus proche de la nature, bio si cela existe, moins sophistiquée (mais pas moins charmante) que Lalla. Ses tatouages sont haut en couleur, ceux de Lalla tous en noir. Que de contrastes ! Varla confiait qu’elle trouvait l’inspiration dans les costumes, elle cherche aussi une conciliation entre une musique (plutôt 60’s donc, dont elle est fan avoue-t-elle) et un style burlesque assez classique, tout en bousculant les codes (vestimentaires par exemple)… du burlesque iconoclaste !

Lalla prend plus de temps que prévu pour s’apprêter et en attendant le numéro suivant, Martini Cherry, jamais pris au dépourvu, se lance dans la récitation épique d’un poème de Baudelaire ! Epique et glorieux moment de théâtre improvisé. Puis les  reviennent pour jouer un morceau et notre monsieur Loyal invite et fait danser un spectateur. Improbable, dirait quelqu’un.
Second numéro de Lala donc, où commençant habillée, elle termine habillée pour la nuit (effeuillage à l’envers qui prend au dépourvu) en Pierrot qui s’endort dans sa valise, valise qu’on referme sur elle pour l’emmener hors scène, Dream a little dream of me (bien qu’il s’agisse de la version de ce thème enregistrée par les Mamas & Papas – les années 60 là aussi – il s’agit d’un swing) .
On arrive à l’intermède musical, Martini tout en rires lance les Gigolos Ramblers ! Son micro cesse de fonctionner, il y va d’un : « Le micro est mort, on s’en fiche !!! » avec un pseudo accent américain à couper au couteau, qui ravit l’auditoire.

La deuxième intervention de Varla nous la présente en chaperon noir, en druidesse, en diseuse de bonne aventure, en allégorie du destin et de la mort. Une sensualité morbide, non, je dirai plutôt sorcière, provocatrice sans être outrancière, ou le charnel existe mais ne joue pas. Il s’impose derrière la scène jouée, nous nargue derrière la mort. Dira-t-on que le seul accessoire de ce numéro est un couteau, symbole phallique s’il en est, qui courre sur tout le corps de Varla avant de finir entre ses dents ?

Dernier show de la soirée : on apporte sur scène la valise dans laquelle était repartie Lalla. Martini pour débuter le numéro doit l’ouvrir, il peine sur les serrures, tarde, y arrive enfin, et clame : « Ladies & Gentlemen, en espérant qu’elle ne soit pas morte, voilà Lalla MORTE !!! » La jeune femme joue de ses origines asiatiques et nous offre un personnage sorti des steppes mongoles ou tatares, une princesse du froid avec des effets de neige à chacun de ses effeuillages. Le clou du numéro étant  le passage où, pour se réchauffer,  combattre les rigueurs du climat,  elle verse la cire des bougies allumées devant elle sur son corps : poitrine, jambes … Nos néophytes en salle en ont le souffle court, pour ne pas dire coupé et lorsqu’après nous avoir étourdis par un jeu envoutant d’éventails orientaux, elle traverse la salle en battant des plumes (allégorie de l’oiseau de paradis je présume, ou plutôt du phœnix, après le feu des bougies), elle disparait avec des applaudissement plus qu’enthousiastes.

On terminera la soirée sur un set des Gigolos Ramblers, très en forme, avec un joueur de washboard qui éveilla l’intérêt et le swing des spectateurs. Les gens partent. Nos parisiennes passent à table, à leur tour, Martini et Wanda aussi. C’est à la bonne franquette. Puis nous parlons un peu.
La création de l’univers de nos deux artistes est plus complexe qu’il n’en a l’air. La musique vient habiller (c’est un comble) les numéros et, est rarement le moteur initial. Même si l’une et l’autre reconnaissent que parfois, certains morceaux les hantent jusqu’à ce qu’elles puissent les intégrer à un effeuillage. Varla aussi reconnait l’influence de ce qu’elle aime en tant que musicienne. « Le burlesque, c’est le prolongement de ma personnalité version paillettes » dixit Lalla !
Les deux femmes, l’une à côté de l’autre, illustrent pleinement les contrastes qui les caractérisent : tailles, tenues, l’une le visage presque sévère quoique touchant, l’autre celui d’un elfe. Pourtant les deux femmes ont quelque chose qui tient du surnaturel : féérie, magie, mythologie ; elles ont cette part là en commun et une sérieuse joie de vivre.
«Tu diras qu’on est des filles biens, très sympathiques, disent-elles en riant et en buvant une tisane bio. » Elles insistent pour que je précise ce qu’elles buvaient. « Et n’oublie pas monsieur Corset !».
Je confirme : elles sont sympathiques. Et improbables…

Crédit photos : FxDubois
Rédaction : Marc Tresve

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