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Le cabaret burlesque : Joy Va Voï & Loulou Champagne

Nous étions mercredi 14 Novembre 2012, date des rencontres improbables. Nous attendions Maryline et Joséphine… Réellement, nous nous attendions à une rencontre de ce type, pas parce que nous avions sombré dans des cliché stéréotypés stupides, mais juste parce que même si nous fantasmions certainement la paire d’artistes attendue, les images que nous connaissions d’elles se confondaient facilement avec cette iconographie glamour-là… et, bien sur, nous ne fumes pas déçus même si, heureusement, nous n’eûmes pas totalement ce que nous attendions.
Quand elles arrivèrent à Grenoble, elles étaient incognito, portant manteau et lunettes, et trainant derrière elles, surtout Loulou (j’expliquerais ensuite pourquoi) tout un attirail étrange. On peut se demander honnêtement si les lunettes ne sont pas l’objet le plus sexy de la planète (j’en porte depuis peu). Ou si, il n’est juste à la mode chez les artistes burlesques que pour confondre les fans hors scène. Dans les deux cas de figure cela fonctionne : donc, si vous croisez Loulou ou Joy dans la vraie vie, sachez qu’elles sont sexys et lunettées. Lunettes peu discrètes, rétro, vintage quoi, comme deux secrétaires d’un film de Hitchcock. Et avec ça, du sourire et une bonne humeur contagieuse. Pourtant tout ne serait pas simple.

Joy Va Voy & Loulou Champagne
Pour faire court : Joy n’avait pas son bon corset, les ballons de Loulou ne voulaient pas se gonfler et éclataient sans cesse… Bref, que des misères. Cela s’annonçait étrange, mais toujours les filles restaient euphoriques et (c’est une constante dans le métier) se racontaient des situations antérieures semblables, comme d’anciens combattants, des vieux de la vieilles, des affranchies, tout un vécu toujours cocasse de situations improbables.
La soirée démarre comme à l’accoutumée par un set de swing, pour cette revue-ci avec l’orchestre maison, le SHAG BAND, puis par l’arrivée de Martini Cherry, l’improbable travesti extraverti qui présente le show. Martini annonce Joy et entre sur scène pas une femme, pas un sosie de Marylin, pas une pin-up, mais un caractère, un tempérament, une bombe blonde généreuse au sourire ravageur dans une robe très 40’s jaune (qui disparait rapidement), pour un final ou peu de tissus reste mais avec une valeur ajoutée certaine. Puis vient Loulou Champagne (Martini et Champagne, ce n’est pas un abus d’alcool, c’est une griserie) qui nous envoûte dans sa robe noire et bleue, à coups d’œillades assassines. Loulou avouera que sa vision du Burlesque passe surtout par une présence sur scène. Il faut être physiquement là et ne pas se cacher derrière des accessoires (aussi important soient-ils, ils ne doivent pas masquer l’artiste). Et elle le démontre, elle mange la scène. Fin de numéro, Wanda de Lullabye (qui vient d’être sélectionnée pour participer au INTERNATIONAL LONDON BURLESQUE FESTIVAL), en voisine (puisque grenobloise) copine, joue les ravissantes soubrettes, aide et ramasse ce que Loulou abandonne sur scène, sa mue.

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Pour son deuxième passage, Joy se présente dans une robe de tulle ou de soie noire, quelque chose d’aussi léger qu’un souffle de printemps en soirée, joue des transparences et des plumes. Puis vient le numéro classique de Loulou. Elle entre en scène cerclée de ballon couleur champagne (ce qui correspond à un doré chaud, comme une plage de l’hémisphère sud) et coiffée d’un diadème qui souligne, renforce, le côté coquin de ses moues et coups d’œil. Les ballons éclatent, on arrive à la fin du numéro et là, la déveine revient : le soutien-gorge est censé s’envoler dans les airs soutenu par les ballons gonflés à l’hélium ; et bien non, il ne se décroche pas, refus total de coopérer,  et malgré la grâce des déhanchés de Loulou, il l’accompagnera jusqu’à la fin mi-dans les airs, mi-arrimé à sa hanche je crois, la droite, la plus glamour (s’il en est une). Personne n’y trouve à redire, le talent de Loulou camoufle l’incident, applaudissements, rires, sourires. Martini veut faire du bruit et éclater un des derniers ballons, et là aussi les accessoires récalcitrants refusent de se laisser faire, et les malheurs de notre présentateur nous rappellent les meilleures scènes de comique vintage, du Buster Keaton ou du Laurel et Hardy ; c’est, dans une acception différente, du grand burlesque.

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Going back to Hollywood, l’hommage aux  actrices américaines de Joy Va Voï nous renvoie directement à l’image de Maryline, la robe, le boa, tout y est ! Une vamp blonde !!! Mais la loi des séries et la loi de Murphy cumulées influencent cette soirée. Vous vous rappelez ce corset qui n’était pas le bon ? Et bien il décide de ne pas se laisser dégrafer. Heureusement nos coquines avaient vu venir la chose et Joy courre vers Loulou qui, une belle paire de… ciseaux en main, tranche le problème, les lacets de l’habit, avec une espièglerie qui fait accroire que la scène fait partie du numéro. Une sorte d’opération chirurgicale cocasse se déroule alors sous nos yeux. Elles ont du talent à revendre, du métier, tout est parfait : l’humour et la connivence associés au glamour, elles nous offrent le mix d’une soirée réussie.

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Quand Martini Cherry les rappelle pour saluer, le spectacle touchant à sa fin, elles sont là complices et riantes, et cette générosité c’est le spectacle qui continue un instant encore.
Dans les loges, on les retrouve le concert fini en train de rire aux éclats, Martini un ballon à la main ; j’interroge. C’est Martini qui répond avec une voix de castrat nasillard : « ta mère va sucer des bites en enfer !!! » et explose de rire, les filles aussi. Il faut dire que l’hélium fait un effet sur les cordes vocales assez détonnant et que c’est à cela que joue ces gamins-là. Ils vident les ballons ! Bien sûr, j’essaie à mon tour et la poisse me gagne : soit ma voix mâle et grave tue l’hélium, soit le gaz a perdu son pouvoir : rien. Évidemment, tout le monde me moque.
Dire après cela que Loulou est la responsable de Garter et Garter qui produit les Beauties of Burlesque, what else ? La passion additionnée à la joie de vivre.
Précieuse relique, le Shag Café garde encore le cadavre d’une bobonne d’hélium.

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Marc TRESVE pour Folie Vintage
Crédit Photos : Fx Dubois

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