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Interview : Ema Montès

Ema Montès © TwinB

Ema Montès aka « La comtesse aux pieds nus »  a accepté de répondre à quelques questions pour Folie Vintage. Effeuilleuse Burlesque, créatrice et directrice artistique de La Petite Cour des Astres à Paris, où tout n’est que calme, luxe et volupté…  mais aussi humour, exubérance & créativité.
La troupe regroupe des personnalités variées et extravagantes toutes muées par un intérêt commun: le goût du burlesque chic et raffiné mêlant élégance, créativité sans oublier une touche d’humour et de dérision !

1- Peux-tu te présenter et nous parler de la Petite Cour des Astres ?

Je suis Ema Montès, effeuilleuse burlesque, créatrice et Directrice Artistique de La Petite Cour des Astres. Mon pseudo Montès vient de Lola Montès ou Montez, plus exactement dans la réalité, Marie Dolores Eliza Rosanna Gilbert, courtisane bien que d’origine noble, et danseuse exotique, soi disant formée en Espagne. Un personnage de femme indépendante et forte, scandaleuse et libre.

La Petite Cour des Astres

J’ai commencé le burlesque en 2009 après avoir « repoussé » l’idée pendant plus d’une année.
C’est Virgil de « Voodoo Deluxe » qui m’a « mise au pied du mur » en me faisant présenter sa revue à Milan. Cela m’a permis de me confronter au public et j’ai compris que ce serait la création de numéros, pas la présentation… Très vite, on m’a proposé des shows et du coup j’ai continué, mais au bout de quelques mois, j’ai senti le besoin de dépasser le simple fait de faire des numéros. J’ai eu envie de créer un projet avec une identité visuelle forte et travaillée. Un spectacle non pas fait d’un enchainement de numéros disparates mais d’une histoire avec un fil conducteur et une homogénéité : l’idée de la Cour était née.
Et comme on m’a proposé un lieu avant même que le projet soit monté, je me suis lancée dans la recherche de personnes qui pouvaient incarner ce projet. Dyna Dagger que je trouvais très belle fut la première. Nous avons commencé à travailler en duo, puis Sucre d’Orge pour sa grâce et ses numéros d’éventails, Blanka Lazare pour ses magnifiques costumes et sa délicatesse, et bien sûr Isadora Gamberetti rencontrée à une soirée, m’apparut comme celle qui incarnerait la maîtresse de cérémonie dont je rêvais. Dans mon idée, un homme ou une femme ne collait pas à la Cour. Il fallait un troisième genre, une créature, ce fût la dernière. Le tout positionné dans un univers passéiste et référencé parfois pourtant intemporel, onirique, et surtout très esthétique, avec une touche d’humour mais toujours un peu sombre. Varla Fortuna, mon ancienne sweeping Kitten a intégré la troupe et performe maintenant à nos côtés.

Ema Montès © Marie Vosguimoroukian

2- Quelles sont les sources d’inspiration pour tes shows ?

Mes sources d’inspirations sont très variées. Elles vont de films aux contes jusqu’à l’art contemporain en passant par mes voyages, lectures ou même mes passions perso. Parfois un simple tissu ou un vêtement particulier me donne envie de créer un numéro. Tout est inspiration.
J’aime l’esthétique poussée au maximum et l’humour qui fait grincer des dents.
J’adore les ambiances très feutrées, le côté boudoir, les endroits raffinés avec une pointe d’orientalisme.
Le China où nous sommes en résidence avec La Petite Cour Des Astres depuis 2010, nous offre un écrin parfait pour la revue. La scène tendue de velours rouge donne l’impression d’une boite à musique, et l’ambiance Shanghai années 30 se marie parfaitement à l’identité de la troupe.
Ce lieu est une énorme motivation à la création.

Ema Montès © Hannah Neal


3- Quel est le numéro dont tu es la plus fière?

Je crois que mon numéro préféré et dont je suis la plus fière est « l’écuyère victorienne« , car il allie une de mes périodes chéries et ma passion pour le cheval. Une écuyère et un cheval qui font corps jusqu’à se confondre et finalement, avec la mort du cheval la femme est révélée.
Je ne pense pas que ce soit le plus facile à aborder, car il est très sombre et les gens attendent souvent un côté plus amusant, plus léger pour le burlesque. Mais il me touche particulièrement, j’ai toujours été cavalière et j’ai eu des chevaux incroyables. Enfant, ils ont porté mes rêves, ensuite, ils m’ont transportée aussi bien physiquement que dans l’imaginaire.

L’écuyère victorienne


4- Qui sont les reines du burlesque pour toi ?

Les reines du burlesque sont assez nombreuses à des périodes assez anciennes…
Lola Montès peut être considérée comme une burlesque queen un peu avant l heure, puisqu’ elle était définie comme danseuse exotique qui est l’autre appellation des danseuses burlesques.
Mata Hari, fantasme incarné, qui travaillera sur les danses indonésiennes au début du XXème siècle.
Plus contemporaine, Sally Rand pour ses danses d’éventails et surtout celle du ballon géant.
Incontestablement, je craque pour Sherry Britton et sa beauté hors du commun, Zorita pour son originalité à l’époque et son visage racé et certaines Ziegfeld girls (Doris Eaton Travis, Mirna Darby, Dolorès Costello). Pour aujourd’hui, Dita bien sûr reste une valeur sûre et deux effeuilleuses dont j’adore le travail : Vicky Butterfly et Lalla Morte, deux poétesses du burlesque.

Ema Montès et Brian Scott Bagley © Hannah Neal


5- Est-ce que tu réalises toi-même tes costumes ? Peux-tu aussi nous parler de ta garde-robe, tes goûts vestimentaires ? Es-tu fan de vintage ou aimes-tu aussi la mode d’aujourd’hui?

Je réalise moi même mes costumes. J’ai une formation de costumière du spectacle et une autre de styliste modéliste. Mais cela me demande quand même des efforts car si j’adore la création, le montage est quelque chose que je trouve assez fastidieux pour être honnête. Au final, avoir la satisfaction d’avoir réalisé ce que l’on voulait et surtout une pièce unique est un réel plaisir.
Pour mes goûts vestimentaires, je refuse de me cantonner à un seul style, je ne comprends pas ce fonctionnement ! L’élégance et le style n’ont pas d’époque.
Après mes études, j’ai travaillé dans l’univers de la mode pendant quelques années : bureaux de presse, magazines, assistanat de jeunes créateurs. Le côté arbitres des élégances me fatigue, il n’y a pas une vérité et je déteste les gens qui se servent de leur style ou de leur culture comme d’une arme pour cacher leurs failles ou leurs défauts. J’ai vu cela très souvent, donc je refuse ce système que je trouve finalement très réducteur.
Ce que je déteste, ce sont les gens qui ont l’air déguisés ou sont mal à l’aise dans des vêtements juste pour coller à ce que les autres attendent d’eux! Je veux être complètement libre de porter tout ce que j’aime, quand je veux et comme je veux, sans avoir à me justifier.

Une visite restaurée par Ema Montès

Je peux avoir envie d’un look années 20 lundi et mardi un look punk rock londonien fin 70.
Je collectionne des pièces de l’époque victorienne aux années 50. Beaucoup de visites (une sorte de mix entre une cape courte et et un mantelet) et capes ainsi que des objets pour l’époque victorienne, les robes d’après-midi pour l’époque edwardienne, et ensuite robes, manteaux, accessoires et bijoux pour les années 20 et 30. Les chaussures sont très difficiles à trouver dans ma pointure malheureusement.
Mon appartement ressemble à un entrepôt d’antiquaire, c’est assez angoissant vu la superficie. A l’époque actuelle, les matières, les coupes, les finitions et détails ne seraient envisageables que pour des pièces de haute couture, c’est ce que j’aime dans les vêtements anciens.
Je peux rester en transe pendant une heure sur un tissu, des détails de coupe ou de finitions d’une pièce, pareil pour les objets. Mes dernières acquisitions : une couronne de vierge d’église, un encensoir, un châle en dentelle victorien, des pompons et des passementeries en cannetille,
un lot de broches art déco. Eh oui ! Je trouve des choses très belles dans la mode d’aujourd’hui,
mais très souvent elles sont dans la catégorie « non abordables ». En résumé, pour moi la mode et l’image doivent être ludiques et rester un pur plaisir. Si elles vous rendent sectaires et acariâtres: vous faites fausse route !


6- Quelle est l’expérience la plus marquante de ta carrière ?

Il y a deux expériences que je ne peux pas départager. Ma première fois sur scène pour présenter la Voodoo à Milan et la première de La Petite Cour Des Astres au China. Niveau angoisse, je n’avais pas atteint ce stress depuis ma première rentrée à la maternelle! Et quand même la fois où j’ai dansé pour la soirée Dances of Vice dans un château incroyable à New York.

Ema Montès © Hannah Neal


7- Avec quelle grande personnalité aurais-tu rêvé de travailler ?

Madeleine Vionnet, une collaboration pour mettre en scène ses robes incroyables.
Max Ophuls pour faire un court métrage burlesque. Francesca Woodman pour une série de photos…
Malheureusement, ils sont tous morts !


8- Est-ce dur de ne vivre que du burlesque ? Est-ce ta seule activité ?

Le burlesque est ma seule activité, ce n’est pas toujours facile, mais il faut faire des choix, et le plaisir de ne faire que cela ainsi que la liberté de faire ce que l on aime n’ont pas de prix.
Il y a des mois plus faciles que d’autres. Il faut avouer que je ne prospecte pas comme une malade ; pour l’instant, c’est toujours le bouche à oreille qui a payé, là je dois développer tout cela pour que cela perdure et évolue. Sinon, je suis sur un projet de webzine culturel mais cela traîne un peu…

Ema Montès ©


9- Pourrais-tu donner quelques conseils aux lectrices qui souhaitent se lancer dans l’effeuillage burlesque ?

C’est difficile de donner des conseils. Il ne faut pas croire que le burlesque est quelque chose de facile. Si c’est trop facile, c’est que c’est mauvais. Le burlesque n’est pas une thérapie, c’est un art et on vient faire une vraie proposition artistique ou au moins, offrir un divertissement de qualité au public. Sur scène, on utilise des costumes même pour la lingerie ; on ne vient pas « prendre » au public, on vient lui « offrir ». Savoir qu’on n’est pas irremplaçable et que les gens oublient vite. Eviter de copier, même si on s’inspire très souvent de quelque chose, trouver le truc qui fait la différence !


10- Peux-tu nous parler de tes projets futurs (des projets à l’étranger, par exemple) ?

Pour mes projets futurs, ce sera principalement essayer de danser à l’étranger, notamment cela fait plusieurs années que je veux assister à la Mermaid Parade de Coney Island. L’année dernière j’ai pris pas mal de contacts donc le but serait de faire un petit séjour à New York pour allier plaisir et burlesque. Et encore une fois, développer et médiatiser ma troupe et ça, c’est du boulot  !

Ema Montès © Pin Up O Rama


11- Arrives-tu à trouver du temps pour toi et qu’aimes-tu faire ? (hobbies, sorties …)

Du coup, comme le burlesque n’est pas un travail à plein temps, oui je trouve des plages de temps libres rien que pour moi! J’adore prendre le thé dans de beaux endroits avec mon amoureux ou des amis proches, goûter des pâtisseries et aussi tous les cheese-cakes du monde ! Faire des pique-niques. Beaucoup de cinéma, faire des expos. Je suis encore assez sensible à l’art contemporain même si je suis moins cette actualité. Toutes sortes d’expos, les dernières étaient « Richter », « Balenciaga » qui fut un émerveillement car il y avait un parallèle entre des pièces pour beaucoup victoriennes avec des pièces de Balenciaga et « Comme des garçons » avec la vision hyper architecturale du vêtement de « Rei Kawakubo » et ses obsessions monochromes. La prochaine: « Cheveux chéris, frivolités et trophées » au Quai Branly. Sinon, faire des brocantes de quartiers et les puces avec principalement Varla Fortuna. Faire le tour du Printemps et du bon marché, d’H&M et ZARA pour la grande diffusion, pour suivre l’actualité des tendances (vieux reflexe d’ancienne modeuse !). Bref, partager des moments doux ou de découvertes avec des gens que j’aime ! Et aussi lire quand je suis seule.


12- Quelle est ta devise préférée ?      

Aimez-moi ou détestez-moi, mais pour les bonnes raisons!

Ema Montès et Emy Lee © Ewa Ciezkowska


13- Last but not least… Connaissais-tu Folie Vintage ?

J’ai découvert Folie Vintage juste avant notre contact, via un lien Facebook sur le make up vintage de Foxy Chrys. Je trouve le site ludique et bien fait, avec une bonne lisibilité, un large éventail d’infos, du coup un site assez complet et informatif qui couvre de nombreux aspects de la culture rétro.

http://www.lapetitecourdesastres.net
https://www.facebook.com/pages/Ema-Mont%C3%A8s/186228529157

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One comment

  1. Très bel article,
    ça été un plaisir de le lire et de découvrir cette grande Dame du Burlesque.
    Bravo

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