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Interview Champagne Mademoiselle ? Part.1/2

Champagne Mademoiselle ? Part. 1/2

Partie 1/2 : Champagne Mademoiselle ?, l’ivresse des sens : du chant à l’effeuillage… à l’alchimie burlesque
« Vous reprendrez bien une petite coupe ? »

Un visage pulpeux et tendre, un brin coquin, de jolies boucles noires qui bercent un regard malin et rusé, le cœur au bord des yeux… passion pétillante, comme des bulles de champagne.
Elle porte bien son nom de scène, Champagne Mademoiselle, une petite coupe à la main, elle rayonne de par sa pluridisciplinarité dans les scènes burlesques actuelles… Vous avez peut-être déjà succombé à sa voix douce comme du miel, où à ses courbes vertigineuses… ou peut-être êtes vous déjà mort de rire devant son amour du burlesque, à ses origines flamboyantes, devant ses envolées sauvages et intenses !
Non, Champagne Mademoiselle n’est pas une diva, c’est une femme dans toute sa splendeur, les fous-rires qui vont avec et qui la rendent d’autant plus rayonnante et charmante. Une femme d’amours, qui a trouvé son épanouissement d’auteur/interprète à travers cette scène détonnante, théâtre des passions…

Folie Vintage : Lorsque je t’ai rencontré pour la première fois, nous mangions sensuellement des frites au soleil, tu me parlais de tes projets et à cette époque, tu te préparais à réaliser ta première création, laboratoire de créations, pour le Kafteur à Strasbourg « Avril, ne te découvre pas d’un fil… ».
Tu as fait tes premiers pas sur ta nouvelle scène, l’effeuillage burlesque, au sein de la troupe Les Pin-ups d’Alsace portée par Luna Moka et on te retrouve régulièrement dans les Bals de Promo de Cherry Lyly Darling à Paname… Tout le monde aime le champagne, n’est-ce pas ?
Ton grand cru semble… explosif !

Champagne Mademoiselle : Tout ça est faux ! Vous pouvez répétez la question ? (rires) Ça monte tranquillement… Tout au départ, je dirais que j’ai eu beaucoup de chance car dès la première scène que j’ai faite il y avait dans le public Loulou Champagne, invitée à Strasbourg, de là, elle m’a invitée à Paris et dans le show à Paris il y avait Cherry Lyly Darling qui m’a ensuite fait venir pour ses shows à elle… Donc tu vois, ça a vraiment fait un effet boule de neige et comme j’ai cette chance aussi de pouvoir chanter, ça me fait un atout assez différent.

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Crédit : Mylène

Cela fait 12 ans que je suis dans la scène de la musique, donc je n’ai plus ça à gérer à présent. Beaucoup de gens me demandent « comment tu fais pour t’effeuiller et chanter en même temps ? », chanter pour moi c’est acquis ; j’expérimente tout ce qu’on peut faire.
C’est vrai que sauter sur un cheval comme Rocky Roulette, ça me semble difficile (rires), mais avec les Pins Ups d’Alsace on a fait pas mal de soirées privées, les prestations à la Salamandre qui nous ont permis de m’expérimenter, surtout voir… car nous avons eu énormément de beaux artistes qui sont venus à la Salamandre grâce à Coco Das Vegas, Neo Retro.
Nous avons eu de sacrées pointures, on s’est nourri de ça. J’ai travaillé aussi avec Neo Retro, ça permet de voir beaucoup de choses, d’autres affinités artistiques, d’autres scènes, d’autres costumes… c’est très intéressant. Et donc, comme je faisais du théâtre depuis quelques années, je me suis dit que ce côté mise en scène me manquait vraiment. D’ailleurs, la création d’un labo burlesque m’a vraiment permis de m’exprimer, de me faire plaisir…

De l’alchimie au véritable labo burlesque…

Folie Vintage : « Avril, ne te découvre pas d’un fil… » Mes fesses oui ! Parle-nous en un peu (de fesses et de ce labo créatif) ; les places se sont vendues en une journée… il y a eu pas mal de presse !

Champagne Mademoiselle : C’était petit ! (rires) Et la soirée était gratuite, donc forcément, et puis avec le fichier des abonnés du théâtre, l’invitation est partie à 4000 personnes donc… leur réseau était énorme, le lendemain à midi : c’était complet ! Du coup le directeur m’a proposé de faire une rallonge le lendemain ! J’étais d’accord tu penses, seulement à une seule condition, si tout le monde me suivait aussi… malheureusement, une des filles n’était pas dispo… alors ça n’a pas pu être fait. Tant pis ! Mais du coup le directeur m’a proposé 3 autres dates en juillet…

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Quand le régisseur travaille…

Folie Vintage : Ça sera le même spectacle ? Enfin… pas avril ! Juillet, fais ce qu’il te plaît ?

Champagne Mademoiselle : (rires) On va changer quelques trucs, j’ai testé. Pas mal de choses fonctionnent, d’autres forcément moins bien. J’ai pu filmer tout le show, on va changer deux trois trucs !

Folie Vintage : Et quels sont tes projets les plus fous dans cette douce lignée ?

Champagne Mademoiselle : Hé bien hé bien, le directeur du théâtre m’a proposé… une production ! (rires) Une production en février, de 12 dates dans ce même théâtre… on est bouclés pour la saison 2013-2014 et je suis ABSOLUMENT HEUREUSE ! C’est la première fois qu’on me propose quelque chose comme ça ! Plus de problèmes financiers, plus d’ennuis comme ça… Il a vraiment aimé ; je vais continuer à travailler avec Denis Germain qui m’a écrit les textes sur le labo, il est assez connu à Strasbourg. Il possède vraiment un esprit « potache », au niveau des textes les interventions du stage kitten – qui est comédien, Vincent Faller – on a un texte un peu… rigolo, surtout caucasse. On fait pas mal de jeux de mots : la chanson finale, on l’a écrite en 20 minutes… on va recollaborer avec lui, je vais faire certaines commandes à des artistes de Strasbourg qui écrivent des chansons également, parce que je veux avant tout énormément baser le spectacle sur la musique et honorer mes origines – de la musique en live, c’est très important pour moi, qui vient du jazz…
En avril, c’était le cas déjà, j’avais mon pianiste préféré et je trouve ça tellement plus agréable et plus vivant que les bandes son… !

Folie Vintage : Parle-nous un peu des dessous de cette création, du papier au crayon… du crayon aux numéros, des numéros au filage et à la première… Comment S’est passé cette première ?

Champagne Mademoiselle : C’était rude ! Je cherchais un fil, vraiment ça a été le plus difficile de trouver le fil conducteur. Je cherchais… j’avais tellement d’idées, depuis que je fais ma petite expérience ; tout ce que je voyais… J’avais surtout envie de parler des codes, car à Strasbourg, il y a très peu de gens avertis pas comme à Paris, qui dès le début d’un show, sont déjà à fond… Il faut toujours leur expliquer, les éduquer. C’est devenu mon leitmotiv, pour présenter le burlesque.
Le spectacle était le but : leur expliquer les codes, les mettre à l’aise dès le départ. Donc ça, c’était réussi. Dès le départ, les gens étaient détendus ; on m’a rapporté ce retour, à la fin du show : « ah voilà le début c’était bien (avec l’accent alsacien, c’est mieux – me dit-elle) parce que là on a compris, on savait pas vraiment s’il fallait être sérieux… »
C’est vrai qu’à Strasbourg on a un gros vivier de « théâtreux », on a énormément de scènes de théâtres ; ils sortent souvent, voient des grandes productions, des scènes nationales… un peu élitistes. Ils sont venus voir le Cabaret New-Burlesque, mais dans l’ensemble, ils n’ont pas pu réellement apprécier, ils ne s’attendaient pas à ça, car c’était un enchaînement pur de performances. Les avertis ont vraiment apprécié, mais la plupart des spectateurs s’attendaient à avoir une trame narrative, une histoire, une évolution ou des réflexions artistiques. Mais ce n’est pas ça, et j’ai voulu leur expliquer tranquillement, détendu, ce qu’était le burlesque.
Avec tous les artistes avec qui j’avais eu envie de travailler pour cette création, le choix de ce line-up, c’était vraiment tous les styles que j’ai pu découvrir et aimer, sauf le Freak que je n’ai malheureusement pas pu inclure… mais à remédier pour juillet !  Et donc, chaque artiste pouvait montrer un panel du burlesque : classique, humoristique, danse d’éventails, le cirque, le « truc drôle »… C’était vraiment le but.
Après le moment le plus difficile c’était de regrouper tout ce petit monde dans le théâtre, pour répéter et filer les textes. C’était rude, car toutes ne font pas du théâtre, encore moins de la comédie, donc il fallait qu’elles apprennent leurs textes séparément et ensuite… on a pris 48H pour filer le tout !

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« J’aime le petit côté potache… surprendre les gens »

Le spectacle était tout simple, au début je voulais être une conférencière, mais avec toutes les idées que j’avais, Denis m’a ouvert les yeux car je voulais absolument une grande partie du spectacle autour de moments qui se dérouleraient en loge… En fait je voulais que les gens voient ce moment crucial dans les loges, car je m’amuse tellement dans ces moments, il y a tellement de choses qui se passent… souvent c’est le moment le plus intéressant. Et là Denis m’a dit : « Mais c’est ça, la ligne conductrice de ton spectacle ! » Alors on arrive sur une mise en abyme des répétitions d’un show burlesque, les loges sont sur scène… Voilà le précieux fil conducteur de ce labo !

Folie Vintage : … C’est un nouveau regard, les dessous du burlesque !

Champagne Mademoiselle : En effet oui ! (rires) C’est très marrant, on a mis 48H à filer le spectacle, Denis lui met habituellement 4 mois à tout filer correctement… c’était un sacré challenge et une grande aventure ! On a enchaîné, du coup, ce qui est vraiment important dans ce genre de spectacle : c’est le rythme. Mais comme cette ligne conductrice était les loges en répet’, la moindre petite bêtise pouvait être tirée… et faire durer le plaisir !

Folie Vintage : Et faire vivre la magie de l’impro ! Raconte-nous du croustillant… !

Champagne Mademoiselle : Un moment je devais accrocher un ballon pour Cherry Lyly Darling et j’avais des gants, j’avais jamais pensé qu’avec des gants on ne pouvait pas fixer un ballon… Alors j’ai du raconter des grosses âneries sur scène, j’ai du faire un noeud, alors que le noeud prévu devait être spécial pour être côté. Elle devait prendre le ballon pour son show, qui était accroché à une énorme malle… Mais du coup, elle a poussé la grosse malle… (elle mime la scène en poussant des grognements lourds) Elle a dû jouer à fond. C’est ça que j’aime vraiment chez elle, elle sait jouer le burlesque… Elle a su jouer à fond et user de cette coquille pour pousser cette malle ; moi je n’ai vu que le problème à la fin et je suis arrivée, je me suis mis sur scène dans les loges, et on a fait mine de s’engueuler… ! (rires) C’est ça, qui m’a énormément plu ! Cette idée improbable qui se prête au jeu, à rebondir. Ca me plaît.

Folie Vintage : Présente-nous un peu l’ambiance du rush… comment vous avez vécu des 48H intenses ? Parle-moi également du line-up de cette folle aventure… Dis-moi tout !

Champagne Mademoiselle : Les deux jours de répétitions ont été épiques. J’avais un super technicien à la lumière, forcément ! La structure s’y prêtait parfaitement. On a fait des lumières parfaites, surtout pour Coco qui avait un show à la Crazy Horse, danse sur scène… c’était superbe. C’était très beau… ça s’est bien passé. J’ai pu sortir ma robe de tricot… la fameuse… J’ai décidé d’intégrer dans ce show Les Pin-Up d’Alsace ; Coco, qui m’a permis d’ailleurs de faire ma première scène, du coup c’était symbolique qu’elle y soit.
J’adore ce qu’elle fait en général, mais je la trouve magnifique quand elle fait la potiche. Elle a un act autour de l’univers du cirque, avec un superbe costume qu’elle a fait elle même ! J’adore les gens qui donnent de leur coeur, qui s’offrent à fond dans ce qu’ils font… Elle fait ce numéro avec son chien, totalement sourd… Je voulais donc ce numéro qui me plait beaucoup, et à côté de ça, elle voulait travailler quelque chose de nouveau, très Crazy Horse… je lui ai donné carte blanche. Elle représente aussi la fille très carrée, très pin-up. Ensuite Madeline, on a la même façon de travailler… à l’ALLEMANDE ! (rires) On a les mêmes envies, en plus elle fait des claquettes ! Je voulais vraiment apporter cette dimension, on a pas mal d’improvisation de claquettes en jazz.
Il y avait également Cherry Lyly Darling ; je la trouve tellement drôle. La première fois que je l’avais vue, c’était avec son numéro d’oiseaux. Elle arrive avec des grands éventails, tout le monde s’attend à quelque chose de classique, très grandiose. Mais non, elle fait vraiment l’oiseau, la poularde… de basse cour ! J’aime bien, cet effet de surprise. Comme c’était un théâtre d’humour, j’avais vraiment envie de poursuivre dans la ligne artistique , éditoriale… et il fallait vraiment que les abonnés, les coutumiers du lieu puissent rigoler ! Elle a fait aussi quelque chose de classique, avec son numéro de ballons…  Finalement j’ai pas mal fait la meneuse, même si j’aime vraiment pas… c’est TERRIBLE ! Ensuite il y avait la stage kitten, Vincent Faller – je voulais réellement un comédien, pour faire le liant. Le pauvre avait des planches de texte… Beaucoup de texte. Et le pianiste, qui ponctuait les numéros ; il fait de la scène depuis 30 ans, connaît par coeur toutes les astuces et les grands trucs du spectacle. On lui a même donné du texte, une scène où il explose de colère à un moment… Totalement improbable : c’était parfait. On a beaucoup ri !

champagnemademoiselle (3)Une beauté classique pour un personnage explosif

Folie Vintage : Comment a été l’accueil du public, que tu nous décris un peu élitiste, plutôt théâtreux et timide ? Comment a été l’accueil de la scène burlesque également, pour tes premiers pas en tant que réalisatrice ?

Champagne Mademoiselle : A Strasbourg, il n’y a pas énormément d’habitués de la scène burlesque. Donc les personnes les plus classiques ont vraiment beaucoup aimé. J’étais réellement ravie. Beaucoup de gens sont en attente pour juillet. J’espère vraiment qu’ils viendront d’ailleurs ! L’accueil a été très chaleureux ; ce liant théâtral, comique a été très intéressant et très positif.
L’équipe de bénévoles du théâtre ont été ravis, ils ont refait le monde… Ils me parlaient de créas régulières. Le théâtre est vraiment tout petit, ça s’y prête tellement ! On était bien !
A la fin, on était toutes avec nos éventails, on remplissait la scène entière… c’était intime, on était proches des gens, une complicité s’est instaurée… c’était intense. Vraiment mieux qu’une grande scène. Mes collègues étaient toutes ravies, toutes heureuses pour moi. Le petit hic, notre pauvre comédien stage kitten n’avait pas vraiment l’habitude de toute cette rigueur au niveaux des accessoires et des costumes… il a un peu mis le chantier ! Le pauvre, tout le monde voulait le coacher à la fin ! (rires) On lui avait vraiment mis le rôle de personne lourde, humour gras… A la fin quand Coco fait son numéro de cirque, il nous sort « ah elle nous l’a bien dressé… LE CHIEN ! ». J’avais vraiment envie de décomplexer, d’être potache. Ca détend. Ca me plaît.

Folie Vintage : Faut que ça soit un retour aux origines, un retour au vrai burlesque. Non ?

Champagne Mademoiselle : Voilà ! J’entendais beaucoup de gens qui me disaient que ça partait trop souvent dans le côté trop élitiste, trop… TROP… trop showgirl. Grands costumes, gros moyens… peut-être trop cabaret. Je pense qu’encore, mon spectacle était encore trop beau. Il faudrait encore le revoir un peu à ce niveau… Et j’aimerais tellement trouver à Strasbourg une belle femme bien en chair qui ferait du burlesque… ça me manque horriblement ! Des filles à physiques généreux. J’en rêve.

Folie Vintage : Une idée de casting… ! Parle-nous d’une curiosité de cette aventure, de ton parcours…

Champagne Mademoiselle : La chose la plus curieuse serait peut-être la création de ce personnage… Super Française. Ca fait déjà 2-3 fois que je la ressors, cette sacrée fille, qui plaît beaucoup ! Je commence à lui faire un sacré beau costume là… ! Je reprends des classiques… MAIS EN FRANCAIS. C’est important. Je chante avec des ballons d’hélium. Ca tombe sur la boom « Mes rêeeeeves sont ma réalitéééé » (elle chante en immitant l’effet de l’hélium sur sa voix, on meurt de rire).

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Crédit : Hervé Photograff – Super Française, la Marianne des temps modernes

D’habitude les gens me voient chanter, c’est normal. Mais là, je fais le top musique, ça fait un peu one-woman (elle mâchonne les mots) heeuu show. J’assume absolument pas. (rires) Mais c’est bizarre, y’a quelque chose qui me plaît là dedans… Je ne sais pas quoi ! Mais le fait de commencer à rallonger cet acte, avec Denis, je me sens de plus en plus à l’aise. C’est bizarre !
J’avais vraiment envie de partir dans des impros, de partir dans des blablas… Je vais essayer de creuser…

Folie Vintage : D’aller plus loin, pour tendre vers quelque chose de nouveau ?

Champagne Mademoiselle : Voilà ! Comme la dernière fois, à la Beauties of Burlesque, j’ai eu un problème technique de son au niveau du micro, j’ai commencé à avoir envie de partir dans une impro de la sorte. Je voulais continuer en parlant et en chantant accapella. Mais c’est revenu à ce moment là. Il faut que je voie, comment exploiter tout ça… Sinon la vraie grande curiosité, c’était que le lendemain à midi… le show était complet ! J’ai joui ! (rires)

Et pour aller plus loin…
Découvrez l’effeuillage coquet et cocasse des deux performances coup de cœur de la rédaction du répertoire de Champagne Mademoiselle ?…
La suite dans un prochain article…

Justine Maillard pour Folie Vintage

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