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Entrevue avec Lada Redstar

On l’attendait depuis longtemps et elle est enfin arrivée ! Que voulez-vous, les étoiles se font attendre ! Au-delà du strass, des paillettes, derrière le rideau majestueux, les photos glorifiantes et le succès de ses numéros, se cache une femme profondément sensible aux choses simples de la vie… Entrevue avec Lada Redstar, l’étoile burlesque venue de l’Est.

Créer, je le fais pour moi et pour mon plaisir, porter mes créations sur scène, je le fais pour les autres et pour leur plaisir.

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Comment en es-tu arrivée au Burlesque ?

Le burlesque a probablement toujours été en moi, depuis mon enfance. J’ai toujours adoré les anciens films avec les grandes divas du cinéma : leur beauté fatale, leur élégance et l’aura de glamour qui les entourait. J’ai aussi eu la chance d’avoir eu une grand-mère qui a toujours été une énorme inspiration pour moi… Elle représente la pure beauté de l’Est, une femme incroyable, statuaire, aux longs cheveux blonds dorés et aux yeux bleu clair… Elle était magnifique, une vraie diva d’Hollywood dans ses photos des années ‘40 et toujours la plus cambrée et souriante dans les photos d’après-guerre. Une vraie pin-up ! Toujours avec le vernis à ongles assorti à la couleur du rouge à lèvres et une coiffure parfaite à chaque moment de la journée…
 Elle provoquait des accidents de voiture avec son déhanché fatal et faisait évanouir les hommes avec son sourire qui faisait concurrence à celui de Bettie Page! Et toute cette beauté était accompagnée d’une force et d’un courage qui me donnent la chair de poule juste à y penser ! Elle s’est battue comme partisane de Tito dans la résistance yougoslave contre les Allemands lors de la Deuxième Guerre mondiale, elle s’est portée volontaire pour défendre ses idéaux et j’ai un profond respect et une grande fierté pour ses actes qui ont contribué à me rendre libre à moi aussi, et à nous tous. C’est à cette femme que j’ai toujours voulu ressembler. Une femme forte et qui en même temps n’a pas peur d’assumer sa féminité et sa beauté. Je me retrouve un peu dans cet idéal de femme avec le métier que je pratique.

ladaredstar-grandmaStana, la grand-mère de Lada durant les années 40

Être une pin-up a donc toujours été en moi et en même temps c’est resté caché pendant une période assez longue. Je n’ai pas toujours été si extravertie, au contraire, j’étais une gamine assez réservée et timide. Une adolescente anarchique et pas si sûre d’elle. Et une jeune adulte frénétique et pleine de questions existentielles ! Tout semble si naturel pour moi maintenant, mais je suppose que j’ai dû suivre un chemin quelque peu bizarre et intrigant pour devenir la femme que je suis aujourd’hui. Il s’agissait de trouver et de découvrir la vraie femme en moi. La féminité en moi. La confiance dans ce que je suis, dans mon corps et dans mes mouvements. Dans mes idées. C’est quand j’ai trouvé cette confiance que je suis tombée amoureuse du Burlesque et que j’ai voulu en faire mon métier. Parce que le Burlesque est sans doute l’expression la plus extraordinaire et la plus puissante de la féminité et de la confiance en soi.

ladaredstar-grandparentsSarajevo, 1945.
Les grands-parents de Lada sont des partisans de la résistance durant la Seconde guerre mondiale.
Derrière cette photo, sa grand-mère a écrit… « Je t’aime de tout mon coeur et je suis heureuse de t’avoir connu dans ma vie. A tout jamais, Stana. »

Quelle est l’origine de ton nom de scène ?

La réalité est peut-être beaucoup moins intéressante que vous pouvez le croire… Lada est mon vrai prénom, en fait ! Dans l’ancienne religion polythéiste slave, Lada était la déesse de l’amour, je ne voyais donc pas de raison de ne pas maintenir mon vrai prénom sur scène ! Il est exotique ! Redstar a bien évidemment une connotation politique, liée aussi à mes origines communistes de l’Est ! Qui s’attendrait à ce qu’une pin-up ait une conscience politique ? Je suis très fière d’avoir été dans les dernières générations des partisans de Tito, et personnellement, je suis extrêmement nostalgique de cette époque. En Yougoslavie, on suivait toute une série de célébrations pour fêter notre entrée dans le parti et dans la société, vers l’âge de sept ans. Nous, les enfants, on était très fiers d’arborer notre casquette avec une belle étoile rouge dessus, la Titovka, et nos parents et grands parents encore plus. J’ai plaisir à regarder les photos de cette époque, d’un peuple avec l’espoir d’un futur juste qui scintillait dans les yeux. Je me souviens que nous chantions des chansons patriotiques pour Tito et la Patrie pleines de promesses et d’idéaux : que nous serions des enfants sages et de fervents patriotes. Telle était la promesse officielle, je m’en souviens encore :

« Aujourd’hui quand je deviens pionnier,
Je fais promesse par ce serment des pionniers:
Que j’apprendrai et étudierai avec diligence,
Que je respecterai les parents et les personnes âgées,
Que je serai un camarade fidèle et sincère,
Que je tiendrai les promesses données.
Que je suivrai le chemin des meilleurs pionniers,
Que j’apprécierai la valeureuse œuvre des partisans
Et des gens justes dans le monde
Qui veulent la liberté et la paix.
Que j’aimerai ma Patrie,
Et toutes ses nations alliées,
Que je créerai une nouvelle vie
Pleine de joie et de Bonheur. »

N’est-ce pas magnifique ? C’est exactement ce qui me manque de cette époque. Le sentiment de croire en quelque chose et de se battre pour des idéaux. Pour un objectif commun. Le sentiment que notre vie n’est pas inutile, qu’on est dans ce monde pour construire quelque chose, pour participer à un idéal élevé. De se battre pour qu’une utopie juste devienne une réalité. Je n‘apprécie pas la politique ou le mode de vie moderne, où l’on prête attention seulement à notre petite et misérable vie, notre petit jardin, sans se soucier de ce qui se passe de l’autre côté de la clôture. Je n’aime pas ces existences égocentriques, égoïstes, inutiles… On mourra sans que nos vies n’aient eu un sens ni une motivation.  Moi je veux être une artiste, je veux donner, je veux recevoir des autres, je veux échanger. Je veux voir, je veux être vue. Je veux découvrir les merveilles des Hommes et de cette Terre. Je veux surprendre et être surprise.  Je ne veux pas m’ennuyer. Je ne veux pas ennuyer les autres. Moi, je veux rêver. Je veux me battre. Une révolution est-elle encore possible?  J’espère et je crois que oui…

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Quelles sont les sources d’inspiration pour tes shows ?  

Elles sont tellement nombreuses! En réalité, je n’arrive pas à réaliser la majeure partie des idées que j’ai… Je me limite en général à un numéro et costume par an, il y a donc plein de projets qui sont encore renfermés dans mes tiroirs… Il faut dire que c’est le plus souvent les animaux qui m’inspirent, et la nature, avec ses couleurs, ses créatures, ses saisons et sa beauté. Quand on pense à la réalisation d’un costume très élaboré, s’inspirer des créatures divines et magnifiques avec lesquelles mère Nature a peuplé la Terre, cela paraît presque évident… Les oiseaux, les insectes, les tempêtes de neige, le printemps: tout est couleur, tout est opulence…
Mais chaque numéro a son histoire…parfois c’est une chanson qui lance une idée, comme dans le cas de « Insectavora », parfois on construit le costume autour d’une pièce qu’on a trouvé, ou que l’on désire se faire créer (comme dans mon numéro de « Playboy Bunny »…) Je rêvais de cette silhouette féminine parfaite et presque irréelle et surnaturelle que crée la Playboy Bunny. Parfois on a des idées relativement précises sur une esthétique globale du numéro et c’est après qu’on trouve la musique et on finalise l’idée, comme dans le cas de « l’Hirondelle du Printemps », parfois c’est une « gimmick », un tour de magie ou autre, qu’on a envie de porter sur scène, qui ne va occuper que quelques secondes de l’acte, mais c’est autour de ces secondes d’apogée qu’on construit tout autour un numéro entier. C’est le cas de mon nouveau numéro de « Lada’s Crystal Storm »…

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Quel est le numéro dont tu es la plus fière ?

Je ne saurais dire… Tous mes numéros sont le fruit d’une recherche, d’un désir, d’un besoin, de ma sueur et mes efforts… Les plus petits ont été une réponse à des nécessités liées à des scènes de dimensions plus réduites. j’ai néanmoins essayé de garder une esthétique épurée, mais propre et fidèle à l’imagerie du passé. Ce n’est pas forcément une tâche facile, au contraire. Dans les plus grands, j’ai pu m’épanouir et laisser libre cours à mes fantaisies et mes élans créatifs. Chaque numéro est le témoin de l’évolution de mon parcours artistique, et pour cela je les chéris tous, finalement.

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Qui sont les reines du burlesque pour toi ?

Toutes les femmes qui ont vécu le rêve qui est le mien aussi…

Est-ce que tu réalises toi-même tes costumes ?

Pas entièrement. J’ai des petites bases de couture et je me réserve le privilège de terminer la décoration et les détails de mes costumes, mais je m’entoure de gens que je trouve être les meilleurs dans leur métier, pour travailler avec moi et créer les pièces uniques qui formeront mes tenues de scène. Depuis que j’ai les moyens (et j’y suis arrivée avec de la ténacité et de la sueur, à ces « moyens » ! Ce n’est pas facile !), tous mes costumes sont des pièces uniques et faites sur mesure.
J’ai des idées assez précises quand je commence la création d’un numéro, et j’interviens très vigoureusement dans les choix et la création des tenues. Je travaille avec Sara Costantini (www.saracostantini.com), ma costumière, que je trouve sans aucun doute être la meilleure dans ce domaine. Elle a un talent exceptionnel, un goût et un sens de l’élégance et de l’excentricité que j’estime énormément, et en même temps de très fortes bases historiques. Elle SAIT ce que je veux, elle SAIT à quoi ça devrait ressembler, les codes à respecter et à adopter. Elle comprend également les questions techniques, en allant de la commodité à enlever la pièce, en passant par les questions liées au transport des costumes, qui sont toujours problématiques et qu’il faut toujours anticiper. Tout doit être démontable, pliable, léger, transportable en avion, occuper un volume réduit quand c’est plié, pas salissable, résistant et durable (on n’investit pas plusieurs milliers d’euros dans un costume qui va se casser en une saison !), de qualité. La beauté d’un costume ne fait pas tout le travail, il y a beaucoup d’autres choses (et malheureusement des contraintes !) à prendre en compte : il faut être malin !
En général, j’ai une vision très précise de l’idée d’ensemble et aussi de quelques pièces du costume sur lesquelles j’insiste qu’elles soient faites à ma manière,. Pour le reste, je fournis des images qui servent à Sara pour comprendre l' »âme » de l’acte et la direction artistique et esthétique que je voudrais qu’il prenne. Ensuite, elle fait opérer sa magie et le résultat est toujours époustouflant ! Elle est vraiment un génie, et je modère mes mots ! Une fois que ces dessins sont faits et qu’on a fait ensemble les choix finaux et très précis, la réalisation des pièces est laissée entre les mains d’artisans et couturiers en Italie, d’un coté, et de personnes avec lesquelles j’adore travailler et que je trouve être les meilleurs en Europe, comme ma corsetière Anni Hiro, en Finlande, mes plumassiers en France, etc.
Dans un dernier temps, j’aime et j’insiste pour m’occuper moi-même de la décoration et des détails. Le costume est quelque chose de très personnel. Le comparer à un enfant serait trop, mais c’est un objet que l’on chérit, dont on est jaloux, qui a ses secrets (Nos secrets ! A nous deux et que à nous deux !)… Sa création est ce que je trouve le plus intéressant et le plus épanouissant dans mon métier. Créer, je le fais pour moi et pour mon plaisir, porter mes créations sur scène, je le fais pour les autres et pour leur plaisir.

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Peux-tu nous parler de ta garde-robe, tes goûts vestimentaires ? Es-tu une vraie fan de vintage ou aimes-tu aussi la mode d’aujourd’hui ?

Ma garde-robe est à mon image : vintage, coquette, sensuelle et sexuelle, élégante et amusante. Je n’aime pas la mode d’aujourd’hui et encore moins les reproductions soi-disant « rétro » : je n’en supporte pas les matières, la grossièreté de la recherche historique qui y est appliquée, les petits pois m’énervent et les cerises m’insupportent ! C’est tout le symbole d’une esthétique qui ne prend pas ses racines dans la recherche historique et stylistique, c’est sommaire, mal fait… C’est de l’ignorance de l’histoire de la mode, ainsi qu’un manque de la passion de la recherche de la perfection et du détail. Tout cela ne me ressemble pas ni ne m’intéresse. En aucune manière ! De la même façon, l’achat en ligne de sites anonymes, vides, sans âme est quelque chose qui ne me donne aucune émotion. J’aime aller dans un magasin tenu par quelqu’un de passionné (oui, il y a encore des gens comme ça !), où le shopping est une expérience, un échange d’idées et d’informations, où on COMMUNIQUE avec une personne : deux yeux qui nous regardent, une bouche qui nous parle, deux oreilles qui nous écoutent… Les petits artisans créateurs, ainsi les marchands de vrai vintage sont des personnes qui ont un scintillement de vie dans les yeux, qui aiment la découverte, qui aiment le beau ! Et qui méritent d’être soutenues et de réussir à survivre avec et pour leur passion. Autant que moi. Et il n’y a pas l’excitation de la découverte et des fantasmes derrière un vêtement moderne. Une robe d’époque cache en elle le mystère, l’histoire d’une femme, l’histoire d’une couturière, l’histoire des hommes qui ont admiré la femme qui serrait ses formes fatales en elle. Je peux en rêver pendant des heures. Et cela n’a aucun prix. Le rêve. Le fantasme. Se sentir unique et similaire à personne d’autre. Faire partie d’un groupe, d’une secte de la semelle rouge, ou toutes ces conneries… Que tout le monde sache combien j’ai payé une paire de chaussures et quel est le nom du modèle… C’est tellement vulgaire et si particulier aux nouveaux riches ! Je ne vois pas la différence entre ça et la grosse virgule Nike populaire dans les années 90 ! Jamais je ne tomberai dans ce piège. Je n’ai pas acheté un seul vêtement moderne depuis au moins deux ans et je deviens de plus en plus difficile et compliquée dans mes choix. Je vieillis, j’imagine ! Je deviens perfectionniste et râleuse. Je ne supporte pas la musique des grands magasins, ça me tape au cerveau. Je ne m’amuse pas à faire du shopping compulsif, si ce n’est pour de belles pièces anciennes.

Mes adresses secrètes et mes coups de cœur : Modes à Bruxelles, mon préféré en Europe. Petit conseil de connaisseuse, si vous êtes sérieux et motivés à acheter, appelez la boutique quelques jours avant et prenez rendez-vous pour leur autre magasin ouvert que sur demande ! Chez Gabrielle pour les chapeaux et les bas couture d’époque (je ne vous dirai pas où ils se cachent dans la boutique, perdez un peu de temps à les trouver!), Falbalas à Paris (belle lingerie et corsets d’époque ! Et ouvrez tous les tiroirs ! Il y a des plumes cachées, des secrets à découvrir ! Ne soyez pas timides !), les Emmaüs de province (eh oui ! :-) J’ADORE ! ), le Salon d’Emmaüs qui se tient à Paris (attention, aux dernières heures du dernier jour, on fait des affaires ! Des réductions de 50% sur un prix qui est déjà une blague ! Et on trouve de chouettes pièces, si on a l’œil !), le marché aux puces de Plainpalais de Genève pour les estampes, livres, bijoux, objets rares. Erotica  est mon préféré en Europe, tous les marchands me connaissent tellement j’y suis une habituée ! Le marché aux puces de Bruxelles pour les objets, fourrures et bijoux, et le marché aux puces d’Anvers pour les curiosités, la taxidermie et les animaux dans le formol, les magasins vintage de la province anglaise (en général, partout !) sont les meilleurs pour des belles pièces à des prix absolument ridicules !

Voilà ! Vous connaissez mes secrets. Tout ça c’est beaucoup de recherche, mais croyez-moi, ça en vaut la peine! Quel plaisir ça donne ! Éteignez l’ordinateur un peu, diantre ! Et ouvrez votre vie à de belles expériences, à des découvertes, à de nouvelles connaissances !

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Quelle est l’expérience la plus marquante de ta carrière ?

On me pose souvent cette question, à laquelle je sais rarement quoi répondre. Il serait évident de raconter ma rencontre avec Dita Von Teese, de mes voyages, d’avoir partagé la scène avec Catherine D’Lish, d’avoir gagné le titre de World Burlesque Queen, et bla bla bla…  Mais peut-être que finalement ça a été la rencontre avec un personnage dont le rapport avec le burlesque n’est finalement qu’indirect – le célèbre corsetier Mr Pearl – mais qui a marqué le plus mon esprit et mon envie de donner le meilleur de moi-même dans ce que je fais. On a parlé longtemps, il a été généreux dans ses conseils et son aura était tellement invasive et puissante… Et il m’a appris que NON, il ne faut PAS se satisfaire du médiocre, NON, ce n’est pas dans l’imperfection que se trouve l’Absolu, NON il ne faut JAMAIS se contenter de ce que l’on a…. Il est nécessaire de se fixer un objectif, et ensuite l’objectif vrai et véritable doit être celui de le dépasser et de se dépasser soi-même !  La médiocrité est inutile et vaine.

Avec quelle grande personnalité rêves-tu de travailler ?

Avec toutes les performeuses, les divas, les actrices, les petites souris de théâtre, les showgirls, les stripteaseuses; les artistes du passé ! Parce qu’ils cachaient en eux une dévotion, une recherche du perfectionnisme, un dégoût du sommaire qu’aujourd’hui on ne retrouve plus. Je suis sûre que de n’importe quelle petite starlette de Province de l’époque j’aurais appris plus que des « grandes stars » d’aujourd’hui.  J’aurais rêvé travailler avec ceux qui ne se contentaient pas de peu !

Et à part le burlesque, peux-tu nous parler de tes autres projets ?

Oh, je n’en ai pas beaucoup, finalement ! Moi, ce que j’aime, c’est le burlesque, ce que je veux faire c’est du burlesque, ce pour quoi je vis c’est le burlesque. J’aime me renfermer dans mon monde que j’ai créé à ma mesure. Y être râleuse et passionnée dedans :-)  Mais parfois on me sollicite pour des projets amusants et comment dire non à de nouvelles expériences ? Surtout quand c’est des choux comme Bart&Baker qui me le demandent avec leurs petits yeux pétillants et leur grand sourire si pur et sincère. J’ai enregistré pour eux trois titres: « Zou bisou bisou », le plus récent, « Allez viens » avec Pierre Santini et le premier et mon préféré: « Juke Box ». Achetez-les sur ITunes ! Vite ! Hop hop hop !

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 Quelle est selon toi la meilleure définition de l’effeuillage burlesque ?

La meilleure définition de l’effeuillage burlesque et aussi celle qui est la plus simple, mais qu’on a apparemment si peur de prononcer : c’est du strip-tease. C’est aussi simple que ça. Attention, je dis strip-TEASE, pas juste strip. Je SUIS une stripteaseuse ! Une stripteaseuse d’un style très particulier, rétro et avec des références aux années 40 et 50, certainement très différentes des stripteaseuses modernes, mais je reste toujours une stripteaseuse ! Je respecte et j’aime toute femme qui a la force et le courage de faire ce qu’elle veut dans la vie. Il n’y a pas de métiers moins nobles – ni donc des strip-teases moins nobles ! – si ce que l’on fait on le fait dans la joie et la confiance en soi. Selon les codes d’aujourd’hui, ce que je fais est considéré mois vulgaire et plus élégant que ce que pourrait faire une pole dancer. Personnellement, je retrouve dans cette affirmation une touche d’hypocrisie que je n’apprécie pas. Ce sont des esthétismes différents. Mais qui suis-je pour choisir lequel est  le plus juste ? Qui a décrété que ces codes érotiques sont meilleurs ou ont plus de raison d’être que ceux qui sont modernes ?  Il n’existe pas par définition un esthétisme ultime, et vouloir le définir est signe d’extrême ignorance et arrogance. Au fond,  cette discussion, cette lutte sans fin entre le burlesque et le strip-tease me fatigue et m’ennuie au plus haut point…
Je n’apprécie pas beaucoup les jugements des artistes burlesques qui aiment souligner avec insistance la différence entre le burlesque et le strip-tease. Dans les années 40, ce que l’on fait aujourd’hui était considéré aussi osé, vulgaire et provocateur que n’importe quel métier d’aujourd’hui lié à l’érotisme. Vouloir nier ça, c’est vouloir effacer une partie des archives du burlesque, et de cette manière ne pas respecter les femmes qui l’ont créé, vécu, et qui en ont fait l’histoire. C’est vouloir se cacher derrière des mensonges de gamines, pour oublier qu’au final, on finit toutes plus ou moins nues sur scène ! Ce ne seront pas les quelques centimètres carrés de deux cache-tétons qui changeront ça !  Renier ça, ça serait renier l’honneur de toutes les stripteaseuses burlesques du passé, donc renier et offenser la pratique en soi.
Est-ce de l’art ? Non, je ne pense pas. L’art c’est autre chose. Ne confondons pas tout. C’est de l’« entertainment », qui n’en est pas moins noble. César a dit : « Donnons au peuple pain et amusement »… L’amusement et la décadence seraient-ils donc l’élément principal de la vie humaine, après les besoins vitaux ? Pourquoi faudrait-il donc le rabaisser ?…
Je n’oserais jamais avoir le mauvais goût et l’arrogance d’affirmer que le strip-tease moderne est un métier inférieur au mien. Il est juste une approche différente à la sensualité et à l’érotisme. Ce sont des réponses différentes à la même question : la séduction.  Vous pouvez séduire avec de beaux costumes. Vous pouvez séduire par vos mouvements. Vous pouvez séduire par votre élégance, mais vous pouvez aussi séduire par des énormes faux seins ou de la provocation. Cela n’a pas d’importance à mes yeux, le seul et unique but de tout cela est d’avoir le public hypnotisé à vos pieds. Je ne suis personne pour juger laquelle devrait être la manière la plus juste. Je sais dans quel rôle je me sens le mieux, moi, et je sais que je ne pourrai jamais m’approprier certains codes érotiques du strip-tease moderne qui ne sont pas les miens, et qui ne me ressemblent pas. Mais je ne renie pas ce métier pour autant ! Je fais ce que j’aime, j’accepte les différences des autres, et je suis une femme heureuse et satisfaite. Et fière d’être moi aussi en tant que strip-teaseuse ! Eh oui ! Je le dis haut et fort ! Strip-teaseuse !

Tous les arts contribuent au plus grand de tous : l’art de vivre. Bertolt Brecht.

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Pourrais-tu donner quelques conseils aux lectrices qui souhaitent se lancer dans l’effeuillage burlesque ?  

Pour ce qui concerne les conseils, je n’en ai aucun à donner, comme je n’en ai demandé aucun quand j’ai commencé. J’ai fait ce que j’avais envie de faire, et j’ai créé et suivi ma route. Je pense que celles qui sont destinées à faire du burlesque n’ont pas besoin de mon opinion ni aide, elles sont probablement déjà en train d’en faire. S’il y a hésitation ou doute, c’est signe qu’on devrait faire quelque chose d’autre; il n’y a rien de plus moche qu’une femme pas bien dans sa peau qui se force à l’être. Chaque femme peut être confiante, si elle trouve la manière juste pour elle. Mais ce n’est pas forcément en porte-jarretelles et hauts talons. Trouvez votre voie, ce n’est peut-être pas le burlesque ! Il ne faut pas se forcer à faire une chose dans laquelle on ne se sent pas à l’aise. Le résultat serait médiocre, et à quoi bon produire de la médiocrité ? C’est inutile, une misérable perte de temps. Il y a aussi souvent l’idée fausse que le Burlesque est une « thérapie »…ça ne l’est pas. Enlevez ça de vos têtes. On monte sur une scène pour être pro et tout déchirer. Et pour rien d’autre. Oui, on peut s’amuser à le faire, mais n’oublions pas que le but c’est que le public, lui, s’amuse. En somme, si vous êtes faites pour ça, vous allez le savoir et le sentir de suite, il n’y a pas besoin de Lada Redstar pour vous guider. 😉  Mais surtout, trouvez-vous vous-mêmes et soyez originales ! Il vous faut une « gimmick » !
Il y a un amusant passage dans « Gypsy », sur la vie de Gypsy Rose Lee, qui enseigne une leçon fondamentale et basique: « To be a stripper, all you need to have is NO TALENT! …But to have no talent is not enough ! What you need to have is an idea ! That makes you STRIP SPECIAL ! So get yourself a gimmick and you, too, can be a star ! »

Peux-tu nous parler de tes projets futurs ?

Je vis au jour le jour, je n’aime pas trop en faire.  Mais vous pouvez suivre mes projets et aventures en direct sur ma nouvelle page Facebook : www.facebook.com/MissLadaRedstarBurlesque

Y a-t-il un « Monsieur » Lada Redstar ?

Ce n’est pas d’un Monsieur que j’ai envie, ni d’être la Madame de personne. J’ai envie d’un amant, d’un compagnon de chemin, d’un chapitre de ma vie, et il y en a un en ce moment, oui, que j’adore profondément, sincèrement, et de tout mon cœur.

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Avec ton planning chargé, arrives-tu à trouver du temps pour toi et qu’aimes-tu faire ?

Non, du tout ! Ah ! Mais heureusement que mon travail est ma plus grande passion et mon hobby le plus adoré, donc au final, oui, je trouve du temps pour moi. Tout mon temps m’est finalement dédié, si je réfléchis bien, parce que c’est pour moi ce que j’ai décidé de vivre, et pour personne d’autre. Bertolt Brecht a dit « Tous les arts contribuent au plus grand de tous : l’art de vivre. »
Ma vie je ne l’ai pas construite autour de contraintes sociales ou imposées par les autres. Ma vie je ne l’ai pas construite selon des règles que quelqu’un d’autre a décidées à ma place. Ma vie je l’ai construite autour de mon bonheur, de mes envies, de mes passions. Je vis une réalité que j’ai façonnée autour de mes désirs; ça a été un choix actif, impulsif, passionnel. On n’est pas obligés de faire ce qu’on n’a pas envie, j’en suis convaincue. Non, on ne l’est pas. Si on le fait, c’est par peur et résignation à nos faiblesses. Dans chacun de nous se trouve la force de choisir la vie qu’on désire, et pas celle qui nous a été indiquée. Je dis bien « indiquée » et pas « imposée ». Ne soyons pas dupes, personne ne nous impose ce qu’on n’a pas envie de faire; on s’y plie, c’est tout. La liberté est sans limites dans le monde dans lequel nous vivons, si le désir en nous y est. Donc oui, j’arrive à trouver le temps pour ce que j’aime faire, et même tout mon temps y est convoité. Au burlesque, mais aussi à l’art, à la lecture, à la musique, à la beauté et à l’esthétisme. Et à l’Amour !
Pour être plus précise et nourrir votre curiosité, dans les moments libres, j’adore chiner et me promener aux marchés aux puces, j’aime passer du temps dans les magasins vintage et faire des nouvelles petites découvertes, j’aime enrichir ma collection de chapeaux, j’aime écouter la musique chez moi, sur mon gramophone (j’ai de beaux 78 tours d’Yma Sumac et Guy Berry qui m’égaient particulièrement), j’aime la décoration, remplir mon appartement d’un nombre indécent d’objets (j’ai la phobie du mur blanc et des espaces vides), j’aime que chaque centimètre carré qui m’entoure soit intéressant pour l’œil et la pensée, j’aime boire, j’aime voyager, j’aime découvrir, j’aime le thé et j’en déguste en continu (ma boutique préférée, Neo T. à Paris, dans le coin des Abbesses, le quartier où je vivais quand j’habitais à Paris), j’aime lire et aller au théâtre. J’aime mes amis chéris et mon amant. Passer du temps avec eux. Faire l’amour !

Qu’est-ce qui te passionne et te révolte ?

La passion me passionne et l’apathie me révolte.

Quelle est ta devise préférée ?

Carpe diem, sans aucun doute !

http://www.folievintage.fr/img/hand.png https://www.facebook.com/MissLadaRedstarBurlesque


Lada Redstar – Crystal Storm, Live @ Cirque Rouge No. 16 – Silvester Special

Par Néné Chérie pour Folie Vintage.
Crédits photos : Lada Redstar, FotoDiaz, Tigzri Studios, O haapala Studios, Maurizio Marcato, Ewa Cieszkowska, Raphaël Yoshitomi…

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