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Doubles jeux et doubles lectures burlesques

Miss Glitter Painkiller, la vague new-burlesque

Partie 2/2 : Doubles jeux et doubles lectures burlesques

 

Lire la partie 1 : http://www.folievintage.fr/burlesque/miss-glitter-painkiller-la-vague-new-burlesque-a-la-francaise/

Amour amour je t’aime tant… Parlons à présent un peu de l’un de tes grands classiques, « Le Cake d’Amour » un numéro haut en couleur dans l’inspiration de Peau d’Âne de Charles Perrault, surtout de l’adaptation du conte au cinéma de Jacques Demy avec l’éthérée et mystérieuse Catherine Deneuve, insensible aux charmes de son père dévoué, l’insolent Jean Marrais qui a torturé – pour ma part – mon enfance !

Cette chanson de nous quitte pas des semaines durant… Les robes s’enchaînent plus majestueuses les unes des autres et cette atmosphère glamour, très éthérée et très pesante à la fois sur fond d’inceste, bercé par le complexe d’Electre, de sacrifices d’animaux, sur fond de chansons envoûtantes et plaintives…

Folie Vintage : Pourquoi « Peau d’Âne », qui est pour moi, un des contes de Perrault les plus violent et cruel ?

Miss Glitter Painkiller : Tous les contes de fées sont glauques ! Je suis une fille pas trop girly, même si j’adore le rose et les paillettes. Ce sont mes goûts esthétiques. Je me sens pas du tout femme-enfant, comme je peux en donner l’impression parfois. Peut-être…
J’ai toujours aimé les princesses, Angélique c’est mon idole. Elle se réveille, elle est coiffée, maquille, sublime « Où-suiiis-je ? » (elle fait la potache)

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Crédit : Pixel Player – « Prenez de la… prenez de la farine… »

« Peau d’Âne », c’est mon côté un peu dark, le film est très psychédélique, très seventies… Jean Marais cartonne, le masque toujours, les robes de princesses glitter.
Tu ne peux pas montrer une robe à une nana et qu’elle te dise « C’est pourri ». J’aime bien ces doubles lectures.

Folie Vintage : … un peu la mise en abyme de Mathilde ? Genre je suis une princesse, ma marraine est une fée avec une sublime collerette, j’ai plein de robes avec des paillettes qui brillent de mille feux MAIS je suis torturée… je me cache dans la foret en endossant la peau de mon animal de compagnie que j’aimais tant, tué pour me sauver de la perversité folle et dévastatrice de mon père… Une double personnalité un peu en dualité ?

Miss Glitter Painkiller : Oui ! C’est vrai. Mais je ne pense pas que tu puisses avoir qu’une inspiration. Dans mon numéro j’ai un masque d’âne, je le garde pas très longtemps. J’ai une robe à fanfreluches, à pampilles. Mais à chaque fois que je fais ce numéro les gens me détestent car le cake d’amour, c’est LE tube des contes de fées ; la musique reste en tête… J’aime bien les contrastes, encore une fois. J’ai fait ce numéro aux Casinos Barrière ! Et c’est eux qui me l’ont demandé !

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Folie Vintage : Tu fais un peu une relecture des numéros cheese-cake de la pin-up à la farine classique, au final ? Version plus mystique et vraiment entêtante pour le coup…

Miss Glitter Painkiller : Oui j’aime bien ; mais dans le premier solo que j’ai fait, c’était une revisite du personnage de la mariée, à la sauce  Kill Bill (ndlr : le personnage de La Mariée, joué par Uma Thurman) . Et là dans mon prochain duo, je suis très inspirée des univers de série B… Et je serai la victime. (rires)

Folie Vintage : Et quand les gens voient « Le Cake d’Amour », ils disent quoi ?

Miss Glitter Painkiller : Je ne me souviens plus de la première fois… Tout le monde connaît plus ou moins, mais si ce n’est pas le cas, je suis une princesse cruche, ils rient… assurément !
Mes numéros c’est surtout des recherches autour des clichés, des stéréotypes… les nanas vénales, accros des chirurgies esthétiques, toxicos… jouer sur les clichés. C’est ça, le burlesque !
Après, soit t’as du second degrés, soit t’en as pas…

Folie Vintage : Pour finir, parle nous un peu de tes Glitter Fever ! Quand même… Raconte-nous ta première revue, ça s’est passé comment ? Comment a été l’accueil des artistes pour ton projet et celui du public ?

Miss Glitter Painkiller : La première Glitter Fever que j’ai organisé, c’était mon premier événement et j’ai fait venir mon idole, Kitten Deville… ! J’avais jamais rien fait, j’ai trouvé des sous et j’ai trouvé des sponsors et elle est venue 10 jours chez moi… Elle est devenue une bonne amie. C’est ça qui est vraiment génial dans le burlesque le côté humain, le côté rock’n’roll. Et je retrouve ça dans plein de nanas, à l’origine du burlesque. Rock’n’roll, populaire, après le show, tu vas parler avec les gens, faire des photos… Et c’est accessible ! J’aime vraiment les filles naturelles, qui s’assument.
Kitten a vraiment traversé l’Atlantique pour moi, elle ne me connaissait pas ! (rires)
Des filles à l’autre bout du monde, qui n’ont rien à voir avec toi, n’ont pas le même âge, pas le même vécu et au final… on colle ! J’aime vraiment ça. C’est hyper fraternel !

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Kitten Deville & Miss Glitter Painkiller en loges au Pink Paradise

Je viens d’un milieu qui n’a absolument rien a voir, j’ai toujours eu des goûts différents de mes univers, collègues. Maintenant c’est ma famille. Côté vraie famille, mon père est venu avec moi voir une soirée privée autour du Cabaret New-Burlesque, il a tout filmé il était à fond. Ma mère, quant à elle, au début ne comprenait pas ; puis finalement elle m’a aidé sur l’organisation d’une soirée… Elle cherchait des sponsors… ! C’était vraiment super !

Folie Vintage : Si tu avais une folie, un budget illimité… ton projet le plus fou : tu tendrais vers quoi ?

Miss Glitter Painkiller : Faire une Glitter Fever à Las Vegas !

Folie Vintage : Donc ça serait sur l’organisation d’une revue alors ?

Miss Glitter Painkiller : Ouais, ouais ! J’inviterais toutes mes amies, les filles avec qui j’ai bossé. Les filles que j’admire, je les connais, je travaille déjà avec elles. Très extravagant, des poneys, des nains… (rires) Les artistes, je les ai ; les vrais tu les as… ! Ces filles sont vraiment généreuses, c’est le principal. Toutes mes copines de galère, faire quelque chose de très beau, plein de fontaines de champagne… ça dégouline, tu saurais pas laquelle prendre ! (rires)

Folie Vintage : Et si budget illimité, pour toi ? Niveau extravagances ; tu aurais en une heure un budget illimité. Mais maintenant.

Miss Glitter Painkiller : Un cheval de manège à la Immodesty Blaize, mais immense. Quelque chose un peu beauf, à la Johnny, je sors du sol, avec des fontaines, des feus d’artifice… des licornes, les poneys nains strassés… Des bébés déguisés en anges qui chantent ton nom.
Ca serait horrible je pense, mais je serais contente. Une robe en nuage… comme Peau d’Âne. En rubis. En diamants platine, même pas des Swarovskis… A Las Vegas, comme Céline Dion.
Vraiment Showgirl, mais je pense que ça serait très kitch… !

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Crédit : Florian Staffolani – La fièvre des Glitter Fever

Un petit mot pour les lecteurs de Folie Vintage ?

Miss Glitter Painkiller : Ne pas oublier que le burlesque est un vrai travail à temps plein, ça coûte de l’argent, ça prend du temps… beaucoup de stress, tu travailles beaucoup les weekends… tu fais des concessions, des sacrifices ; il faut prendre en compte cette rigueur et il faut vraiment respecter la scène professionnelle. Je ne jette pas la pierre sur les amatrices, qui passionnées n’ont rien à perdre car elles ont un travail alimentaire à côté ; mais le burlesque est une vraie fraternité, communauté, il faut vraiment reconsidérer ce travail et faire attention aux conséquences de certains actes délibérés ! C’est dommage, ça gâche le milieu…

Une interview réalisée et dirigée par Justine Maillard pour Folie Vintage

Lire la partie 1 : http://www.folievintage.fr/burlesque/miss-glitter-painkiller-la-vague-new-burlesque-a-la-francaise/

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