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Le vintage a la côte… en politique !

Cette campagne, sa platitude, son inutilitude (on en viendrait à regretter certains aspects passablement ridicules de 2007, mais qui au moins nous faisaient rire), sont patentes lorsque on regarde les slogans qui sont proposés.Les deux principaux –La France forte et Le changement, c’est maintenant, recyclent, chacun à sa façon les fameux : Changer la vie et La force tranquille de 1981.

Quoi de neuf cette saison ? François Mitterrand…Pour sa façon de prendre le pouvoir, comme pour sa façon de le garder…
Le modèle ancien fascine. Le vintage a la côte.

« Madmen » de la politique, et comme s’ils étaient les premiers à ne pas croire dans leurs propres aptitudes à inventer, les candidats actuels s’appuient donc, comme des acteurs de biopic sur les archives.  La France, la vieille, la noble, est là et bien là, recréée dans sa grandeur intemporelle.

Nicolas Dupont-Aignan n’hésite pas à l’interpeller comme si les élections se déroulaient un 18 juin : La France libre le propulse directement dans la galerie des hommes illustres, tandis que Marine Le Pen, mi « chrétienne », mi-voltairienne, en appelle à l’Esprit de la France.

Notre pays devient ainsi – c’est pratique et évite de regarder trop le réel de son existence – une belle essence dans le ciel des idées. La France avec un grand F n’a même plus besoin d’agir pour être : les slogans sont tous – ou presque – des phrases nominales.

Une formulation très écrite (et même de la blanche main du candidat) était venue logiquement du professeur de lettres, François Bayrou : Un pays uni, rien ne lui résiste. Or, ce beau décassyllabe, forme épique par excellence, alambiqué mais riche de connotations – un peu d’Union de la gauche, un peu de Résistance… – est devenu récemment une simple base line. Probablement n’était-il pas assez « parlant ».  Il a dû laisser la place au vrai slogan, privé lui, aussi, de tout verbe: La France solidaire.

Or, le problème des phrases nominales, est qu’elles éjectent l’action : celle du candidat, comme celle du citoyen prêt à voter pour lui.

Le seul à continuer à faire appel à un agir commun – et son succès actuel n’y est pas étranger – est Jean-Luc Mélenchon, meilleur communicant de cette présidentielle. Il  y applique toutes les leçons du marketing fondamental, à commencer par celle-ci : pour s’adresser à quelqu’un, commencer par lui parler de lui.

Prenez le pouvoir ! est une phrase tournée vers son récepteur. Consumer focused, comme on dit. Devant le succès et la dynamique ainsi créée, la deuxième personne du pluriel, devient souvent en meeting, la première : Prenons le pouvoir. Ou si l’on préfère, Nous ne sommes rien, soyons  tout.

C’est bien sûr par refus, dans un contexte de crise qui n’admettra pas, quel que soit le gagnant, la moindre déception, que les candidats « sérieux », aspirant au gouvernement et pas seulement à l’expressivité populaire, refusent de verser dans ce type de lyrisme mobilisateur.

Avec ces « petites phrases » guère politiques, une fois de plus,  notre pays montre son caractère tempéré, toujours proche du fade. Car si les slogans charismatiques – type Yes we can – nous semblent un peu too much, nous n’en sommes pas encore, comme en Europe du Nord, aux formules résolument pragmatiques, comme celle qui a fait gagner le parti démocratique de centre gauche récemment au Danemark : Travaillons 12 minutes de plus par jour… manière de dire que réduire la dette était possible et l’affaire de chacun.

Ni collective et religieuse, ni individuelle et responsable, la France se cherche en 2012.

Peut-être s’ennuie-t-elle comme en 1968. Ou se cache-t-elle derrière son petit doigt poudré, comme en 1789… Ainsi que de plus en plus d’intellectuels ou d’artistes le suggèrent…

Nous rappelant que, dans certains cas, la phrase nominale peut claquer comme la fin d’un règne.

Ecrit par: MARIETTE DARRIGRAND

 

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