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Big Eyes : quand Tim Burton nous fait de l’oeil !

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J’adore Tim Burton. Et lui-même doit avoir une certaine affection pour moi pour ainsi systématiquement me gâter. J’ai du à peu près tout voir de lui depuis Beetlejuice.

Décalé est, pour le sieur Burton, un mot qui prend toute sa valeur artistique. Thèmes, personnages, ambiances, mythes, détails, couleurs, et que sais-je encore, tout est décalé. Alors quand Tim s’attaque à un biopic, par essence un produit factuel, réaliste, on peut s’impatienter de découvrir qu’elle niche de la réalité a su ouvrir à sa sagacité les portes de ses invraisemblances et phantasmes féeriques ou démoniaques.

La chance nous sourit, l’histoire démarre à la fin des années cinquante avec ses couleurs pastels, le rock’n’roll, des clubs de jazz où on ne danse plus, la naissance de l’expresso, une ère de transition, où tout est décalé, et cependant encore où tout est conservatisme, où les codes qui régissent la société rigidifient toujours le prêt à penser (Mais en cela chacun sait que rien ne change vraiment).

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Et tout le ressort dramatique de cette histoire invraisemblable vient de là : le carcan sociétal. Une femme élevée pour être dépendante, psychologiquement autant que financièrement (légalement), s’enfuit d’un mariage violent et fini, parce qu’elle recherche malgré tout, toujours, absolument à vivre selon des principes standardisés, par retomber dans les rets d’un manipulateur narcissique que le talent de sa moitié va rendre jaloux puis de plus en plus dément, et qui va jouer de la faiblesse de celle-ci (et de son désir de sécurité financière aussi, doit on dire) et des principes moraux de la société pour s’accaparer l’oeuvre de sa compagne.

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La naïveté invraisemblable de Amy Adams (Margaret Keane), puis la tenace mauvaise foi dont elle use contre elle-même pour se convaincre de son bon choix, la roublardise sans vergogne de Christopher Waltz (Walter Keane) et surtout, surtout, cette œuvre surréaliste, improbable, gigantissime : les big eyes – toutes ces toiles d’enfants (principalement, initialement inspirées par la fille Jane, de Margareth) aux visages mangés par des yeux dignes en importance des personnages de nos mangas modernes – recadrent parfaitement cette histoire vraie dans l’oeuvre de fiction de Tim Burton.

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En définitive, et ce n’est pas la le moindre des rebondissements rocambolesques, il faut que notre héroïne finisse par tomber sur Les témoins de Jéhovah, pour se libérer enfin de l’emprise de son vampire de mari, s’affermisse, et forte de leurs préceptes, trouve l’énergie de se battre et de rétablir la vérité, légalement et publiquement.
L’évolution de l’héroïne vers les témoins de Jéhovah démontre à quelle point elle ne sait vivre sans, sous une forme ou une autre, une dépendance affective; un comportement sans doute inhérent aux standards éducatifs et de bienséance de l’époque, mais qui en ce cas vire au pathologique.

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Et je ne vous parle même pas de la mythomanie galopante de son mari, un Christopher Waltz énorme en escroc sans envergure (quoi que !) ni talent, mais qui ne laisse de nous surprendre par la spontanéité, presque naïve elle aussi, de ses mensonges.

Ensemble, ils ont commis la plus grande arnaque de l’histoire de l’art dit le teaser, et les personnages nous disent, quant à eux, que les yeux sont les miroirs de l’âme.
Ce dernier poncif vous laisse augurer du plaisir jubilatoire que Burton prit à narrer ce pan méconnu de l’histoire de l’art moderne américain.

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Marc TRESVE  pour Folie Vintage

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