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Marie

Marie au coeur de la WWII

Rencontre avec Marie, Normande et passionnée par la Seconde Guerre mondiale.

Tous les ans à partir du mois de mai, la Normandie vit à l’heure 1944 pour commémorer le sacrifice de milliers de soldats et de civils tombés pour la liberté. De nombreuses manifestations se dérouleront dans de nombreuses communes*. Se souvenir, le Devoir de Mémoire, voilà essentiellement pourquoi Marie, jeune Normande de 27 ans fait de la reconstitution historique. Rencontre avec une jeune femme passionnée qui nous parle d’un sujet qui lui tient énormément à cœur.

Marie

Pourquoi cette période de l’Histoire plus qu’une autre ?

Ma région, la Normandie, a beaucoup été touchée par cette période. La Seconde Guerre Mondiale fait partie de son histoire, il n’y a pas un lieu qui ne rappelle pas cette douloureuse période. De plus, du côté de mon père, mes oncles et tantes sont collectionneurs et reconstitueurs.

Qu’est ce qui t’a poussée à faire de la reconstitution historique justement ?

Comme Obélix, je suis tombée dedans toute petite, je faisais de la Jeep dans le ventre de ma mère ! Accompagnant mes oncles et tantes, j’ai participé aux cérémonies commémoratives dès mon plus jeune âge, ils se sont mariés en tenue d’époque et je les ai suivis jusqu’à Beltring en Angleterre, j’avais 12 ans ! Un jour, en âge de porter une tenue, ma tante m’a fait essayer une de ces tenues originales de WAAC**, elle semblait faite pour moi ! C’est de là que l’idée de me mettre en tenue m’a plu.

Marie

Depuis combien de temps fais-tu de la reconstitution ?

En 2003 ou 2004, j’ai porté ma première tenue, mais j’ai commencé la reconstitution plutôt en 2007. J’ai rencontré une personne qui commençait à faire du civil et cela m’a tout de suite intéressée.

Parle-nous du devoir de mémoire, pourquoi est-ce si important pour toi ?

Ah, le devoir de mémoire ! Une expression qui peut vouloir dire plein de choses… Je pense qu’au vu de ce qu’il s’est passé, on se doit de se souvenir, de ne pas oublier, en hommage à ceux qui sont morts, ceux qui ont souffert et ceux qui en souffrent encore. Ce qui est important aussi pour moi c’est le devoir de transmettre. D’une façon ou d’une autre. Transmettre aux jeunes générations par le biais d’expositions, de reconstitutions correctement faites, respectueuses et expliquées afin de les sensibiliser, d’une façon plus interactive qu’un livre d’histoire.
Je suis aussi très friande de témoignages de personnes qui ont vécu la guerre et s’en souviennent parfaitement bien. C’est pourquoi je fais aussi partie des Amis de la 101ème Airborne, une association qui date de 1974 (basée à Carentan dans la Manche), dont la plupart des membres étaient enfants ou de jeunes adultes pendant la guerre, quelle richesse de les côtoyer ! Je parraine aussi 3 tombes de soldats américains à Colleville sur Mer. Un soldat que je n’ai pas choisi pour sa division ou l’endroit où il s’est battu ou a été tué mais plutôt pour un côté symbolique pour moi : la date de sa mort est le jour de mon anniversaire. De ce fait, j’ai toujours une pensée pour lui ce jour là… Je parraine aussi un soldat inconnu et un soldat disparu. Il est plus difficile de se recueillir car je ne pourrai jamais mettre un visage sur ce premier et le deuxième, il n’a pas de tombe, son nom est inscrit, comme tant d’autres, sur le mur des disparus…

Marie

Quelles sont les tenues que tu portes en reconstitution ? Où les achètes-tu ?

Je porte beaucoup de tenues françaises. Cela me tient beaucoup à cœur. J’aurais très bien pu me faire une tenue militaire des forces alliées mais trop d’exigences à mon goût ! Même si une tenue de WASP*** m’aurait bien plu. Je m’habille en résistante que j’admire pour leur courage, en Rochambelles ambulancière de la 2ème Division Blindée. Elles ont su prouver aux hommes qu’elles étaient capables d’aller sur le front avec leurs dodges ambulances pour aller chercher les blessés ! Je m’habille aussi en simple civile, tout simplement car elles étaient là elles aussi, ont souffert de cette guerre, n’ont rien fait de connu ou reconnu mais ont su continuer à vivre malgré les dangers. J’essaye de le faire au mieux pour, en quelque sorte, leur rendre l’hommage qu’elles méritent. Et Dieu sait qu’elles le méritent. Je me documente beaucoup, je regarde beaucoup les photos pour mes tenues. J’achète dans les surplus militaires, brocantes, vide greniers, un peu Internet… Il faut savoir « fouiner » !

Combien de sorties fais-tu par an ?

Je pense faire moins d’une dizaine de sorties par an. Entre autres, j’ai dernièrement assisté en mai à la Nuit des Musées au Musée Airborne à Sainte Mère Eglise, bientôt les commémorations du Débarquement (plus en tant qu’organisateurs..), puis quelques camps en juillet et août, Souchez (Pas de Calais) en septembre et Bastogne (Belgique) en décembre. Avec mon association (Le Carentan Liberty Group dont Marie nous parle ci-dessous), nous envisageons d’en faire un peu plus.

Marie

Peux-tu justement nous parler de ton association ?

Je fais partie du Carentan Liberty Group (ou CLG) depuis sa création en 2008. Nous étions plusieurs amis (couples et enfants) passionnés par cette période et nous avons naturellement décidé, comme nous faisions plusieurs sorties ensemble de créer une association. J’en ai été la secrétaire jusqu’en 2011. Représenter les personnes civiles (femmes et enfants) nous tenait particulièrement à cœur et ce qui a fait notre force. Puis, nous avons voulu organiser des évènements sur Carentan avec le bal de la Libération et la reprise de la marche du Dead Man Corner Museum (situé à Saint Côme du Mont près de Carentan) rebaptisée depuis la Carentan Liberty March.

Et où pourra-t-on te retrouver avec ton association cette année ?

Depuis quelques années maintenant, nous organisons notre bal le vendredi 7 Juin dans la salle des fêtes de Carentan, la Carentan Liberty March le samedi 8 Juin avec son arrivée à Carentan, précédée de la reconstitution d’un exode et suivie d’un défilé de véhicules d’époque. Cette année, plusieurs groupes de musique viendront animer le centre ville de Carentan le dimanche 8 Juin. Nous participons aussi aux cérémonies officielles et profitons de notre temps libre en allant voir les animations dans les communes environnantes.

Marie

Peux-tu nous évoquer ton meilleur souvenir en reconstitution ?
Oh j’en ai plusieurs ! Dur de choisir le meilleur. Une fois, au début que je faisais de la reconstitution, un monsieur est venu vers moi et m’a dit : « vous ressemblez à ma mère à cette époque »… Aussi, la fois où, une dame m’a dit que je lui rappelais une de ses amies car je portais un béret rouge comme elle. Et ces personnes qui viennent nous voir pour nous dire qu’elles se rappellent des galoches en bois que portent les enfants ou bien des socquettes pour les femmes… On vit beaucoup de moments forts dès lors que l’on fait de la reconstitution, les rencontres avec les vétérans sont mémorables. L’une d’elles m’a valu mon surnom de Miss Coca Cola, que j’utilise sur des forums, ou ne serait-ce simplement que d’entendre l’hymne français et ceux de nos alliés. J’aime ce que je fais pour ces moments riches en émotions.

Peut-on dire que tu vis donc de façon rétro ?

Oui ! Avec un peu de modernité bien sûr. Ma maison est ancienne et j’essaie de la meubler en conséquence. J’ai toujours eu un coup de cœur pour les objets anciens, objets utiles, solides et beaux à la fois ! J’utilise quelques ustensiles de cuisine en émail et allume une bougie en guise de lampe de chevet !

Marie

*le programme des manifestations est disponible sur www.normandiememoire.com

**Women’s Auxiliary Army Corps (pour simplifier : branche féminine de l’armée américaine)

***Women Airforce Service Pilots (femmes pilotes civiles employées par l’armée américaine)

Un grand merci à Marie Leterrier d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

Marie 4

Par Hélène Masselin-Dmytriak pour Folie Vintage

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