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1944-2014 : rencontre avec le groupe Tommy & Caux

Cette année vous n’êtes pas sans savoir qu’ont lieu les commémorations du 70ème anniversaire du Débarquement des Alliés en Normandie. Pour cet événement mondial du 6 juin (rappelons que 17 chefs d’Etat français et étrangers seront présents), la Normandie a mis les petits plats dans les grands. Des manifestations auront lieu pendant plusieurs semaines, dans divers sites. Des moments uniques et remplis d’émotion en perspective.

Dans ce cadre, Folie Vintage a eu l’occasion de s’entretenir avec un passionné de reconstitution historique, Nicolas, originaire de Haute Normandie. Il nous parle de sa passion qu’il entretient avec ses amis, notamment au sein d’un groupe, Tommy & Caux, orienté vers la reconstitution britannique et les troupes du Commonwealth.

En avant pour un entretien passionnant et très instructif !

Nicolas, peux-tu nous présenter ton groupe et ce que vous faites exactement au sein de Tommy & Caux ?

Tommy & Caux est à la base un groupe d’amis du Havre ayant déjà une dizaine d’années de reconstitution, et de collection, en amont durant lesquelles nous avons pu nous forger une expérience dans le domaine en vadrouillant un peu partout. Maintenant que nous avons posé les bases de notre groupe, nous espérons qu’il se développe et attire de nouvelles personnes dans le thème de la reconstitution britannique, s’ils partagent le même esprit de la reconstitution.

Il y a différentes façons de faire de la reconstitution, pour notre part nous avons préféré privilégier une partie « mise en scène » de notre collection et une homogénéité parfaite. Nous nous consultons tous bien avant une manifestation afin de faire un point sur les tenues pour être tous uniformes. La reconstitution est une passion collective, c’est pourquoi il faut travailler l’uniformité au sein des groupes en présentant une unité constituée à l’échelle de « Section » ou bien « Platoon » (pour les plus nombreux).

Comme à l’époque, nous donnons des tâches à chacun afin d’éviter les doublons de grades ou de fonctions dans une section. Cela peut également influer le thème abordé lors d’un week-end, si parmi nous un jeune Reenactor (NDLR : le reenactor est le terme anglo-saxon utilisé pour désigner la personne qui fait de la reconstitution historique)  n’a pas encore pu se constituer une tenue complète. Nous reconstituons beaucoup d’unités du Commonwealth avec ses spécificités uniformologiques selon la période et les unités.

De nouveaux effets apparaissent au cours de la guerre, que les Tommies n’avaient pas forcément au début du conflit. Nous essayons d’être pointilleux sur le moindre effet vestimentaire afin d’éviter les anachronismes.

Contrairement aux Reenactors britanniques ou américains, nous avons la chance de pouvoir faire de la reconstitution sur les lieux même des batailles ! C’est pourquoi nous représentons essentiellement les troupes s’étant battues dans notre région du Pays de Caux. Cela ne veut pas dire que nous ne faisons que de la reconstitution dans notre région ou bien que nous évoquions seulement les batailles du Pays de Caux, nous suivons le parcours de ces unités durant l’entièreté du second conflit mondial.

C’est ainsi que nous avons déjà pu représenter la 30 Assault Unit du côté d’Utah Beach pour les dernières commémorations du 6 juin, car elle débarqua sur cette plage en juin 1944 et en septembre, de la même année, elle fouillait le port du Havre pour le dépouiller de documents top secret de la Kriegsmarine (NDLR : nom allemand de la marine de guerre allemande entre 1935 et 1945, sous le Troisième Reich).

Ou bien encore les parachutistes du 2nd Battalion à Arnhem (Hollande) pour les commémorations de septembre, car les mêmes parachutistes s’emparèrent d’un radar allemand à Bruneval (ancienne commune française de la Seine Maritime, aujourd’hui partie de Saint-Jouin-Bruneval)  en février 1942. Cela permet également de faire connaître l’histoire du Pays de Caux dans les autres régions.

De plus, ce choix de thèmes ouvre de nombreuses portes et nous permet de nous diversifier et ainsi casser la monotonie. Le fait d’aborder l’histoire des différentes unités, de passage au Pays de Caux à un moment du conflit, permet d’intéresser d’éventuels futurs membres qui sont situés en dehors de la région afin qu’ils trouvent un thème qu’ils apprécient. Cela va de l’infanterie standard, aux commandos, parachutistes, personnel médical, etc…

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 Pourquoi avoir choisi ces thèmes ?

Nous n’oublions pas notre patrie, mais notre but est vraiment de mettre notre région normande en avant, car elle est plus riche en évènements historiques que les gens ne peuvent le penser. Nos thèmes désignent exclusivement des troupes du Commonwealth qui se sont illustrées pendant la Seconde Guerre mondiale dans le Pays de Caux.

 En 1940, des Tommies débarquèrent au Havre avec la British Expeditionnary Force, dont la 51st Highland Division qui se replia sur Saint-Valéry-en-Caux, le « Dunkerque » des Ecossais !

En 1942, la région a connu de nombreux Raids audacieux (les parachutistes à Bruneval, l’infanterie canadienne à Dieppe, les commandos franco-britanniques à Saint-Pierre-en-Port ou bien lors des missions Hardtack, etc…).

Les Alliés se sont d’abord frottés à nos plages de galets et à nos hautes falaises de craies avant de s’orienter sur la Basse-Normandie pour le D-Day (NDLR : terme anglo-saxon pour parler du Jour J, le 6 juin 1944 donc).

Puis vient 1944, avec la libération de notre région en septembre par les troupes anglo-canadiennes, avec le retour de la 51st Highland Division sur nos terres, appuyée par la 49th Infantry Division. Tous ces évènements peu connus sont à mettre en avant afin de montrer que tout ne s’est pas joué dans le Calvados ou La Manche.

Comme nous l’avons évoqué précédemment, nous estimons que la tenue ne fait pas tout et que la mise en scène compte beaucoup pour une bonne présentation. Et le Pays de Caux offre de nombreux sites typiques nous permettant de faire un vrai bond dans le passé, il serait dommage de ne pas en profiter.

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Explique-nous un peu le jeu de mots du nom de votre groupe ?

Nous voulions quelque chose de simple, d’original et pas trop long. « Tommy » est le surnom du soldat britannique. Associé à « Caux » du Pays de Caux afin de faire ce jeu de mots évoquant le côté « collection » de notre passion que nous pouvons retrouver sur les marquages des fabricants du Militaria (NDLR : terme qui regroupe tout ce qui touche aux éléments militaires comme les uniformes, les objets, etc) avec le diminutif « & Co. ».

Concernant les manifestations de 2014, où serez-vous présents ?

Le programme n’est pas encore bien défini pour nous encore, mais vous avez de grandes chances de nous voir en Basse-Normandie pour le 6 juin, à Mézidon-Canon et Pavilly en août, à Octeville-sur-Mer (près du Havre) et Arnhem (Pays-Bas) en septembre.

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Nous avons entendu dire que vous aviez participé à des tournages de docu-fictions, tu nous en parles un peu plus ?

Les tournages sont une bonne activité pour nous, c’est vraiment la consécration de notre passion de pouvoir participer à un docu-fiction afin de transmettre une reconstitution fidèle sur l’écran.

Nous en faisons encore très peu car cela demande d’avoir un bon réseau dans le milieu des tournages qui ne savent pas forcément comment nous trouver.

Certains d’entre nous ont participé au docu-fiction « Dieppe Uncovered » destiné à la télévision canadienne pour le 70e anniversaire du Raid de Dieppe (NDLR : Raid qui eut lieu le 19 août 1942) avec les groupes Maple Leaf, Victory Club Normandy et Battle for Europe.

Dernièrement, c’est un réalisateur havrais qui a fait appel à nous afin de faire des scènes de libération pour son documentaire sur les artificiers noirs au Havre durant la Seconde Guerre mondiale. Au départ, il n’avait pas prévu d’inclure des scènes de libération, le tournage était déjà commencé et il a inclus ces scènes à la hâte lorsqu’il est tombé sur nos photos présentées sur notre page Facebook.

Vous pouvez donc apporter vos connaissances pour ces documentaires et/ou fictions ?

En effet, lorsque nous avons une demande de tournage sur un thème bien spécifique d’un événement, nous nous organisons nous-mêmes pour être en accord avec la réalité de la bataille et apporter tous les petits détails sur nos tenues, spécifiques au sujet du tournage. Sur place, lorsque nous voyons des choses anachroniques ou nous paraissant peu crédibles, nous le mentionnons au réalisateur ou à un membre de l’équipe de tournage afin qu’il corrige l’erreur.

Nous participons régulièrement à des articles pour la presse spécialisée nous obligeant à être pointus dans les sujets abordés. La partie « recherche » devient alors une routine avant chaque tournage ou même une manifestation commémorative.

Avez-vous des contacts avec des vétérans ?

Notre groupe est encore récent et n’a pas eu l’occasion de se présenter devant beaucoup de vétérans, mais à titre individuel, chaque membre a rencontré des vétérans avec qui il entretient encore une correspondance.

Ils deviennent également de moins en moins abordables car ils sont encadrés par les officiels de communes ou bien des associations lors des commémorations. Malheureusement, les vétérans disparaissent de plus en plus et il est devenu routinier de voir une annonce de décès au jour le jour désormais…

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On parle malheureusement moins -et c’est dommage quand on voit le travail accompli sur ces unités –  de la reconstitution britannique et des troupes du Commonwealth en France, peux-tu nous donner ton point de vue à ce sujet et l’impact que ça a sur le public ?

Je me le demande souvent ! Je pense que tout est une question de communication. Les Américains ont fait de nombreux blockbusters sur leurs plus grandes batailles et les ont exportés facilement dans le monde entier, depuis le lendemain de la guerre jusqu’à aujourd’hui.

D’ailleurs les films les plus connus sur les unités britanniques, « Le jour le plus long » et « Un pont trop loin », sont des productions respectivement américaine et anglo-américaine.

Il y a très peu de films anglais, mettant en scène les soldats britanniques, qui sont sortis en France. Nous avons donc été conditionnés avec la silhouette du GI dans la tête.

C’est également pour cela que ces dernières semaines, nous partageons sur notre page Facebook des images de soldats britanniques tirés de divers films et séries afin de faire connaître ces derniers en France. Viennent s’ajouter à cela les jeux vidéos américains, pour la dernière génération, d’un réalisme époustouflant dans les tenues, mettant en scène principalement les troupes américaines.

Pour l’expliquer aussi, il faut peut-être revenir une trentaine d’année en arrière avec les premières reconstitutions en France qui ont attiré des anciens militaires ayant hérités d’effets directement inspirés du Militaria américain durant leur service dans l’Armée française. Sans oublier les véhicules américains qui sont plus faciles à se procurer que les véhicules anglais, ce détail peut influencer la tenue à reconstituer. A l’époque, il n’y avait que des tenues originales pour faire de la reconstitution, les tenues américaines se trouvaient plus facilement sur le marché.

Ce sont peut-être des clés pour expliquer cette raison. Rajouter à cela les faits d’armes de l’armée américaine en France et vous obtenez le thème de reconstitution le plus populaire. Mais ces derniers temps, je remarque qu’il y a beaucoup de jeunes qui souhaitent se mettre à la reconstitution britannique. Il y a de plus en plus de reproduction abordable également, ça se popularise, c’est bien.

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Comment vois-tu toi la reconstitution historique sur un plus ou moins long terme ?

Dans l’avenir, je vois la reconstitution avec de moins en moins d’effets originaux sur les tenues avec la rareté des pièces prenant de l’ampleur, mais aussi les tarifs… Beaucoup peuvent penser que ce n’est pas plus mal, car ça éviterait d’abîmer « du bon ». Mais je remarque que les Reenactors sont de moins en moins collectionneurs, cette tendance s’accroissant, je pense que plus tard ils n’auront plus le rapport de la pièce originale avec la reproduction. Est-ce que le fabricant chinois a eu en main beaucoup de pièces originales avant de lancer sa production ? On ne se pose pas assez cette question et on se retrouve avec beaucoup de silhouettes ratées dans les camps, surtout concernant la reconstitution britannique. Même sans être collectionneur, il faut garder ce rapport avec le Militaria original, pouvoir l’observer et le toucher.

Je pense aussi que la reconstitution deviendra de moins en moins commémorative avec ce rapport vétéran-Reenactor qui disparaît. On trouve de plus en plus de reproductions de petits matériels, comme les effets de sanitaires et ration permettant de créer une immersion plus proche de la réalité à ce niveau-là. Toujours dans cette recherche d’immersion, ça fait déjà plus de 10 ans qu’il y a un intérêt pour certains groupes de recréer des batailles avec de la pyrotechnie, se rapprochant de la reconstitution napoléonienne ou médiévale. Mais je ne pense pas que les batailles pyrotechniques aient beaucoup d’avenir en reconstitution.

L’armement de la Seconde Guerre mondiale ne peut pas avoir le même traitement aux yeux de la loi qu’une arme napoléonienne étant donné sa modernité et ne permettra pas une utilisation réaliste lors d’un spectacle pyrotechnique. Même la façon de se battre n’est plus la même à partir de la moitié du XXème siècle, l’épée et la baïonnette au bout du fusil sont mises de côté pour être remplacées par des prises de combat rapproché qui sont dangereuses à initier dans la reconstitution pour ne pas amalgamer notre passion à une organisation paramilitaire.

Il y a également la polémique des tenues allemandes qui sont nécessaires pour reconstituer une bataille, mais qui bien souvent sont accompagnées de débordements à la suite d’un excès de zèle, rajoutant année après année des paragraphes de prohibitions aux arrêtés préfectoraux, finissant par concerner aussi les Reenactors faisant de l’Allié…

Un grand merci à Nicolas pour son temps, pour la présentation de Tommy & Caux et de sa passion pour la reconstitution historique mais aussi pour ses différents points de vue.

Grâce au travail accompli par les groupes de reconstitution et les associations, le devoir de mémoire continue de se transmettre.

N’hésitez pas à aimer la page Facebook de Tommy & Caux : http://facebook.com/Tommy.Caux
Pour toute information, voici leur email :
tommy.and.caux@gmail.com
Et si vous souhaitez tout savoir sur le programme des manifestations du 70ème anniversaire du Débarquement en Normandie c’est ici : http://www.le70e-normandie.fr

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